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Fiscalité numérique : Les créateurs de contenus face à l'impôt

L’annonce de la taxation des créateurs de contenus et influenceurs camerounais relance le débat sur la place de l’économie numérique. Entre principe fiscal admis et obstacles techniques persistants, les acteurs du secteur demandent des règles claires et des outils adaptés.

Le signal est venu de Ngaoundéré. Le 13 janvier 2026, lors de la présentation des orientations budgétaires, le Ministre des Finances, Louis-Paul Motaze, a annoncé l’intégration des Créateurs de contenus numériques dans l’assiette fiscale. Une déclaration qui a immédiatement provoqué des réactions dans un secteur porté en grande partie par les jeunes.

Selon les indications relayées, la mesure vise les revenus issus de la publicité en ligne, des partenariats commerciaux et de la monétisation sur YouTube, TikTok, Instagram ou Facebook. Le Ministre des Finances a justifié cette orientation par la nécessité de « mieux capter des flux financiers devenus significatifs ».

Mais à ce stade, les modalités restent floues. Aucun seuil de revenus, aucun mécanisme de déclaration ni de contrôle n’ont été précisés. L’évocation du nombre d’abonnés comme critère potentiel a renforcé l’inquiétude, cet indicateur ne traduisant pas automatiquement un revenu.

Les Créateurs entre accord de principe et colère publique

Sur les réseaux sociaux, plusieurs figures ont pris position. Le Comédien Moustik le Karismatik a réagi sans détour : « Si on doit déjà payer, mieux on nous dit aussi où est l’argent du Covid et pourquoi le stade d’Olembe n’est pas fini. »

Derrière la formule, un message revient souvent ; le refus d’une fiscalité perçue comme déconnectée des réalités du secteur. La plupart des Créateurs ne contestent pas l’impôt, mais demandent un cadre cohérent et crédible.

Payer l’impôt quand l’argent n’entre pas

Dans une lettre adressée au Minfi, l’Entrepreneur digital Narcisse Emmanuel Fokou résume le malaise. « On essaie de traire une vache qu’on empêche de se nourrir », écrit-il. Il souligne les difficultés d’accès aux moyens de paiement internationaux : « PayPal nous ignore, Stripe nous bloque. Pour encaisser, nous passons par des montages complexes. »

Selon lui, l’État perd ainsi une base taxable importante. Il alerte aussi sur les risques liés à l’usage de cartes virtuelles étrangères et d’identités de contournement pour payer serveurs et licences : « Nous ne voulons pas être des fraudeurs, nous voulons juste travailler. »

Ses propositions portent sur la reconnaissance des plateformes de paiement, la création d’un régime fiscal simplifié pour les activités numériques et une concertation avec des acteurs du terrain.

En filigrane, les Créateurs camerounais posent une équation simple : la fiscalité numérique ne peut fonctionner sans infrastructure financière adaptée. À défaut, la taxe annoncée risque moins d’élargir l’assiette fiscale que de maintenir l’économie des créateurs hors des radars de l’État.

Nancy Ngo Tjeck

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