Rédaction des actualités :
TRAVAIL
A la Une

Élections des Délégués du Personnel:L’Ugtc conteste les chiffres officiels et réclame la vérité des urnes

Au lendemain de la publication des résultats nationaux des élections des Délégués du Personnel, l’Union générale des Travailleurs du Cameroun (Ugtc) dénonce un processus incomplet et appelle le gouvernement à corriger ce qu’elle qualifie de résultats partiels issus de la plateforme numérique Piges 2025.

Réunis ce vendredi 30 janvier 2026 à Yaoundé, les responsables de l’Union générale des Travailleurs du Cameroun (Ugtc) ont dressé un tableau critique du processus électoral ayant conduit à la proclamation du classement national des confédérations syndicales. Face à la presse, Isaac Bissala, porte-parole de l’Ugtc, a estimé que « les résultats publiés par le Ministre du Travail et de la Sécurité sociale (Mintss) ne reflètent pas la réalité du scrutin, car toutes les données n’ont pas été intégrées dans la plateforme informatique ».

Selon lui, la réforme introduisant une plateforme numérique pour l’enregistrement des candidatures et la centralisation des résultats, bien qu’innovante, a été mise en œuvre sans garanties suffisantes d’accessibilité et de fiabilité. Une situation qui, d’après l’Ugtc, fragilise la crédibilité d’un scrutin pourtant stratégique pour la représentation des Travailleurs dans les entreprises.

Le contentieux trouve ses racines dans l’arrêté du 1er octobre 2025 fixant les modalités des élections des Délégués du Personnel. L’Ugtc rappelle avoir alerté le ministère dès juillet 2025 sur les risques liés à l’usage exclusif d’une plateforme numérique dans un contexte marqué par les coupures d’électricité et la faible couverture Internet dans plusieurs régions. « Nos observations n’ont pas été prises en compte dans leur totalité », déplore Isaac Bissala. « Près d’un quart des propositions des confédérations a été rejeté, alors qu’elles visaient à garantir des élections fiables et transparentes », ajoute-t-il.

Des sources issues d’organisations internationales du travail soulignent que la digitalisation des processus électoraux sociaux doit être accompagnée de dispositifs de formation et de mécanismes alternatifs pour éviter l’exclusion des acteurs les plus vulnérables. Or, selon l’Ugtc, aucune campagne nationale de sensibilisation n’a réellement précédé le déploiement de Piges 2025.

Difficultés sur le terrain et liberté syndicale en question

Sur le terrain, les dysfonctionnements se sont multipliés. Plusieurs Employeurs ont invoqué des « carences syndicales » pour organiser des élections avec des candidats indépendants, parfois en requalifiant des candidats syndicaux comme non affiliés. Une pratique que l’Ugtc juge contraire à la Convention numéro 87 de l’Organisation internationale du travail sur la liberté syndicale. « Certains Employeurs ont refusé nos listes de candidats, d’autres les ont acceptées pour ensuite transformer nos représentants en indépendants », affirme le syndicaliste.

Le jour du scrutin, le 13 janvier 2026, des entreprises n’ont pas organisé les élections ou ont reporté la date sans autorisation administrative. Aucune sanction spécifique n’étant prévue dans ce cas, ces irrégularités n’ont pas été corrigées. Les commissions mixtes régionales et nationale, chargées de compiler les résultats, n’ont travaillé que sur des procès-verbaux partiels.

Pour l’Ugtc, cette situation viole l’esprit même des textes en vigueur. « Aucun procès-verbal régional complet ne nous a été présenté. Certains n’existent pas encore, d’autres sont dépourvus de résultats », soutient Isaac Bissala.

Des chiffres divergents et un bras de fer institutionnel

L’arrêté ministériel du 27 janvier 2026 attribue à l’Ugtc 966 Délégués du Personnel. Or, la confédération affirme en avoir recensé 1315 à travers sa propre procédure interne de collecte des résultats, basée sur des fiches remontées des entreprises vers les niveaux départemental et régional. « Nous ne rejetons pas l’innovation technologique, bien au contraire. Nous félicitons le gouvernement pour cette initiative. Mais les résultats doivent être provisoires tant que toutes les données n’ont pas été intégrées », insiste le porte-parole de l’Ugtc.

La centrale syndicale a officiellement demandé un délai supplémentaire pour enregistrer les résultats manquants avant toute proclamation définitive. Sa correspondance adressée au Ministre reste, à ce jour, sans réponse. Dans un contexte où les élections des Délégués du Personnel constituent un baromètre de la représentativité syndicale et influencent les futures négociations sociales, cette controverse dépasse le simple débat technique. Elle interroge la capacité de l’administration à concilier modernisation numérique, respect des normes internationales du travail et confiance des partenaires sociaux.

Pour Isaac Bissala, l’enjeu est clair, « les élections ne sont pas terminées. Tant que tous les résultats ne sont pas collectés, la vérité des urnes ne peut pas être proclamée ». Une déclaration qui annonce un bras de fer institutionnel autour de la crédibilité du scrutin social de 2026.

Ange Pouamoun

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page