
À l’approche de la présidentielle, le Gecam interpelle les candidats sur l’urgence de réformes économiques. Le monde du travail et des affaires attend des réponses concrètes.
Alors que le Cameroun s’apprête à élire un nouveau Président de la République, le Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), voix majeure du secteur privé, hausse le ton. Dans une sortie remarquée, son Président, Célestin Tawamba dresse un diagnostic sans concession de l’environnement des affaires et du monde du travail. À ses yeux, le pays n’avance pas au rythme des ambitions définies dans la Stratégie nationale de développement 2020- 2030 (Snd30). À dix ans de la ligne d’arrivée vers la Vision 2035, les entreprises, moteurs de croissance, peinent toujours à trouver leur place dans un écosystème jugé hostile.
Le Gecam met en lumière les failles persistantes : lenteur administrative, fiscalité écrasante, infrastructures insuffisantes, in- certitudes réglementaires, financement rare, formation inadéquate, coupures d’électricité récurrentes, et corruption rampante. Pour le patronat, il de- vient urgent de revoir les priorités de gouvernance. Le scrutin présidentiel de 2025 pourrait être un tournant, à condition que les candidats sachent écouter les doléances des acteurs économiques. Car au fond, la question est simple : comment relancer une économie si les entreprises sont étouffées ?
une économie en panne de visibilité
Le message du Gecam n’est pas qu’un simple cri d’alerte. Il s’agit d’une interpellation stratégique. Dans une économie où 80 % d’emplois provient du secteur privé, l’entre- prise reste un levier central pour relever les défis du chômage, de la pauvreté et de la compétitivité. Mais encore faut-il lui donner les moyens d’agir. Le cli- mat des affaires reste plombé par une instabilité chronique, qui décourage l’investissement et paralyse l’innovation. La voix des patrons, souvent reléguée au second plan, s’impose aujourd’hui comme un indicateur sérieux de l’état de santé du monde du travail. Pour que les entreprises puissent embaucher, former et produire, elles ont besoin d’un environnement prévisible, juste et incitatif. Les obstacles identifiés ne sont pas nouveaux, mais leur persistance alimente la frustration. Les lenteurs de la ré- forme fiscale, les blocages dans la digitalisation des services publics, ou encore les délestages élec- triques sont autant de freins à la productivité et à l’emploi.
cap sur l’emploi et la formation
Autre chantier pointé du doigt par le Gecam, l’inadéquation entre les formations et les besoins réels de l’économie. L’évolution du marché du travail requiert des compétences spécifiques que le système éducatif peine à fournir. Résultat, un chômage endémique des jeunes et une pénurie de profils qualifiés pour les postes disponibles. Le patronat appelle donc à une refonte ambitieuse des politiques de formation professionnelle. Il demande également des incitations claires et stables à l’investissement, sans lesquelles les entreprises hésitent à s’engager dans des projets durables. Car derrière ces revendications se joue la bataille pour l’industrialisation et la souveraineté productive du pays , deux piliers essentiels pour bâtir une économie résiliente et inclusive.
« Quel qu’en soit le vainqueur, le scrutin doit marquer une rupture avec un modèle à bout de souffle », insiste le Gecam. Plus qu’un appel à l’action, c’est un ultimatum adressé aux prétendants à la magistrature suprême. Les 12 candidats sont invités à intégrer dans leurs programmes des réponses concrètes aux préoccupations du monde de l’entreprise. Le bon candidat sera celui qui proposera des solutions réalistes, mesurables et ambitieuses pour redonner confiance aux acteurs économiques. En toile de fond, c’est l’ensemble du monde du travail qui attend un sursaut. Car derrière chaque entreprise qui stagne, ce sont des emplois en suspens, des familles fragilisées et un pays en quête de perspectives. En 2025, les électeurs n’attendront pas seulement des dis- cours : ils veulent des engagements fermes pour un changement durable.

