
Une sévère crise secoue la Cameroon workers forum (Cawof), la dernière-née des plateformes intersyndicales censée faire contrepoids au patronat et aux pouvoirs publics. Des 11 confédérations
syndicales membres fondateurs, deux viennent de claquer la porte avec fracas, dénonçant diverses dérives. Un mouvement qui risque d’être massivement suivi, au moment où les présumés auteurs de dérives parlent d’un non-évènement.
La Cawof traverse une crise interne proche de l’implosion . En effet, deux des 11 membres parmi justement les membres fondateurs, viennent de claquer la porte. Après son exclusion du 04 Juin dernier dans des conditions jugées arbitraires, Abraham Baboule, le Président confédéral de la plus ancienne et représentative des confédérations syndicales, la Confédération syndicale des Travailleurs du Cameroun (Cstc), vient d’en prendre acte au tra- vers d’une sommation
d’huissier de justice datant du 05 août 2025 et adressée respectivement à Jean Marc Bikoko, le Président confédéral de la Centrale syndicale du secteur public (Csp) et tout premier Point focal du Cawof ; Benoit Essiga, le Président confédéral de la confédération syndicale l’Entente et deuxième Point focal ; et André Seme Seme, le Président confédéral de l’Union des syndicats libres du
Cameroun (Uslc), l’actuel point focal. Le président de la Cstc demande à ces derniers de « cesser l’utilisation sous toutes les formes des noms et emblèmes de de la Cstc ; et de s’ingérer dans ses
affaires internes, en désignant des individus non mandatés ». Le 22 août dernier, c’est au tour du Président Flaubert Moussole de la Cameroon confédération of workers trade union (Ccwtu), un autre membre fondateur de diffuser un communiqué portant son retrait du Cawof. Il parle d’une décision murement réfléchie re- posant sur deux considérations. A savoir, « l’incompatibilité idéologique profonde (l’indépendance syndicale, la démocratie in- terne, la transparence et la défense prioritaires des intérêts des travailleurs ne trouvent plus leur place dans les orientations
actuelles du Cawof) et de graves dysfonctionnements internes (opacité dans la gouvernance, absence de mécanismes démocratiques, persistantes pratiques contraires aux règles élémentaires de gestion collective) ».
Guerre de leadership
Pourquoi ces trois Leaders nommément cités dans la sommation de la Cstc ? Jean Marc Bikoko et Benoit Essiga particulièrement sont considérés comme des influenceurs et donc des faiseurs de roi dans cette plateforme. A contrario, leur leadership est très contesté par les autres Leaders confédéraux, et non sans raisons. Isaac Bissala, le Président confédéral de l’Union générale des
Travailleurs du Cameroun (Ugtc), doit mal dissimuler son bonheur de voir les autres Confédéraux quitter le navire. Lui qui fut seul à se distancer de cette initiative (Cawof). Il a toujours
soupçonné les influenceurs ci- dessus mentionnés d’ambitions inavouées, consistant à dominer les autres à des fins personnelles, alors qu’ils sont loin d’être représentatifs du mouvement syndical national, selon lui. La représentativité dont il est question ici, tient à leur ancrage social, avec un effectif significatif des Délégués du Personnel élus sous leurs couleurs pendant les élections sociales. Jean Marie Ndi, ancien Point focal et ancien Président confédéral de la Confédération des syndicats autonomes du Cameroun (Csac) désigne « un petit groupe de personnes bien connues qui veulent dicter leur loi ». De ses éclairages, il ressort que les textes du Cawof prévoyant une rotation des Confédéraux comme point focaux, ont été volontairement torpillés quand est arrivé le tour d’Abraham Baboule de la Cstc. Avec à la manœuvre Benoit Essiga, lequel aurait orchestré pendant son mandat un bicéphalisme de fait à la tête la Cstc dans l’inavoué dessein de diviser pour régner et surtout d’empêcher son président de diriger à son tour la plateforme, au motif qu’il roulerait pour le gouvernement.
Benoit essiga
Invité justement à réagir à ces départs, Benoit Essiga parle d’un non-évènement. Soutenant qu’il s’agit des membres qui refusent de se soumettre à la volonté de la majorité (ils ne sont que deux sur onze membres à claquer la porte). D’ailleurs poursuit-il, « il s’agit des gens identifiés depuis long- temps par leurs positions collaborationnistes ».
« …Je ne changerai jamais de valeurs et de moralité juste pour les humeurs de certains », ajoute-t-il, avant de balayer de revers de la main, le risque d’implosion de la plateforme intersyndicale nous sommes déterminés à aller de l’avant. D’ailleurs, que ceux qui s’en vont se rappelle ceci que le Cawof selon ses textes, est ouvert à toutes les organisations syndicales qui ne sauraient être que les confédérations syndicales. Beaucoup bousculent à la porte », conclut-il.
A bien le lire, il est conscient qu’à la suite de la Cstc et de la Ccwtu, d’autres confédérations pourraient claquer la porte du Cawof, risquant ainsi
d’abréger l’existence de cette énième intersyndicale, après la désillusion du Front syndical camerounais (Fsc) ; de l’Intersyndicale des Travailleurs du Cameroun (Itc) ; ou du Rassemblement intersyndical pour la solidarité et la concertation (Risc), lesquels ont également fait long feu. Les Leaders confédéraux camerounais peuvent-ils un jour regarder réellement dans la même direction et réussir leur pari de faire contrepoids aux autres partenaires sociaux ? Jean Marie Ndi reste optimiste et tranche que ce ne sera ja- mais possible avec ceux d’aujourd’hui qui ont fait leur temps, et doivent impérativement céder leur place à une nouvelle génération.




