Le Cameroun devient en 2025 le premier pays africain pourvoyeur de migrants vers le Canada, porté par des politiques migratoires ciblées et une quête de stabilité.
Le Canada s’impose comme une destination de choix pour les Camerounais. Selon les données publiées en septembre 2025 par Immigration, réfugiés et citoyenneté Canada (Ircc), 10 355 ressortissants camerounais ont obtenu le statut de résident permanent entre janvier et juin 2025. Ce chiffre place le Cameroun au quatrième rang mondial des pays pourvoyeurs de migrants vers le Canada, et au premier rang africain, devant le Nigeria et l’Érythrée. « Le Canada a accueilli des dizaines de milliers de nouveaux arrivants à titre de résidents permanents au cours de la première moitié de 2025 », souligne le rapport d’immigration. Comparé à la même période en 2024, où 7 845 Camerounais avaient été admis, la hausse est de 32 %, confirmant une dynamique migratoire en pleine accélération.
Cette progression spectaculaire s’explique par des choix stratégiques du gouvernement canadien. Ottawa a renforcé les parcours francophones hors Québec, encouragé l’immigration économique via le système Entrée Express et les programmes provinciaux, et intensifié le recrutement dans les métiers spécialisés et les soins de santé. Ces mesures offrent aux candidats francophones, dont les Camerounais, des voies d’accès privilégiées au statut de résident permanent. Mais derrière les chiffres se cachent des réalités sociales et économiques profond. Les motifs de départ sont multiples: recherche d’un environnement plus stable, opportunités professionnelles, regroupement familial, ou encore poursuite d’études supérieures. Le Canada, avec ses universités de renom, son système de santé performant et sa politique d’accueil proactive, attire une jeunesse camerounaise en quête de perspectives durables.
Canada n’est pas sans défis
Pour le Cameroun, cette dynamique migratoire soulève des inquiétudes. L’émigration de profils qualifiés alimente la crainte d’une perte de compétences dans des secteurs vitaux comme la santé, l’éducation ou l’ingénierie. Toutefois, elle s’accompagne d’une augmentation des transferts financiers de la diaspora, qui soutient l’économie nationale et les familles restées au pays. Du côté canadien, l’arrivée croissante de Camerounais répond à un besoin urgent de main-d’œuvre, notamment dans les régions francophones hors Québec. Elle soutient également l’objectif fédéral d’accroître la vitalité linguistique et démographique, dans un contexte de vieillissement de la population et de pénurie de travailleurs qualifiés.
Cependant, l’intégration au Canada n’est pas sans défis. Les nouveaux arrivants font face à des obstacles tels que la reconnaissance des diplômes, l’accès au logement, les barrières linguistiques et la précarité de l’emploi. Ces réalités appellent à une coopération bilatérale plus fine entre les deux pays, afin de maximiser les retombées positives de cette migration et d’éviter qu’elle ne se transforme en simple fuite de cerveaux.
Historiquement, la migration camerounaise vers le Canada est en croissance continue depuis les années 2000. Elle a été favorisée par l’attractivité des universités canadiennes, la montée en puissance des programmes d’immigration économique et par les liens linguistiques et culturels renforcés par l’appartenance du Cameroun à la Francophonie. Alors que certains plaisantent en parlant du Canada comme de la « 11ᵉ région du Cameroun », les chiffres traduisent une tendance lourde.
Michel Nonga




