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Activités culturelles : Le cinéma en mal de salles au Cameroun

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Alors que le festival Écrans Noirs bat son plein à Yaoundé, la pénurie de salles de cinéma au Cameroun met en lumière les fragilités d’un secteur pourtant riche en talents.

Depuis le 29 septembre dernier, le festival « Écrans noirs » célèbre le cinéma africain sous le thème évocateur « les défis de la distribution du cinéma africain sur et en dehors du continent ». Mais derrière les projecteurs et les tapis rouges, une réalité préoccupante persiste: le Cameroun, berceau de figures emblématiques du 7e art, souffre d’une quasi-disparition de ses salles de cinéma. Dans les grandes villes comme Bafoussam, Garoua ou Bamenda, les cinéphiles sont sevrés de projections en salle depuis plus d’une décennie.

À Douala et Yaoundé, seule les salles Canal Olympia attirent encore les passionnés. « Je passais presque tous mes weekends au cinéma Abbia. À notre époque, chaque jeune voulait inviter sa petite amie au cinéma. C’était la mode et ça valait le coup », confie un septuagénaire. Cette pénurie de lieux de diffusion n’est pas sans conséquence sur la vitalité du secteur. Les Cinéastes camerounais, malgré une production croissante, peinent à rentabiliser leurs œuvres. « Pour un court métrage, notre équipe peut dépenser plus de cinq millions de FCFA. Mais il est difficile de récupérer cet argent et de faire des bénéfices, parce que le marché cinématographique est très étroit tant au plan national qu’international », déplore Blaise Talla, un réalisateur.

Le festival Écrans noirs, créé en 1997 par Bassek Ba Kobhio, s’impose comme une plateforme de réflexion et de diffusion du cinéma africain. Pourtant, même cet événement majeur peine à masquer les lacunes structurelles du secteur. Le colloque international organisé dans le cadre du festival vise à proposer des solutions concrètes pour améliorer la circulation des œuvres africaines, mais les obstacles restent nombreux.

Historiquement, le cinéma camerounais a souffert d’une dépendance économique vis-à-vis de la France. Les films de Jean-Pierre Dikonguè Pipa ou Daniel Kamwa, comme Muna Moto ou Pousse-Pousse ont été produits avec l’appui de la coopération française et finalisés dans des laboratoires hexagonaux. Cette logique de postproduction externalisée a freiné l’émergence d’une industrie locale autonome.

La distribution, autre maillon faible, a longtemps été contrôlée par des sociétés étrangères comme Comacico, Secma ou Ugc, qui privilégiaient les films occidentaux. Le Consortium interafricain de distribution cinématographique (Cidc), créé pour briser ce monopole, n’a pas survécu à l’absence de soutien financier des États membres. Aujourd’hui, les Professionnels du secteur appellent à une intervention urgente du gouvernement et du ministère des Arts et de la Culture.

Ils réclament la construction de salles modernes, accessibles et bien gérées, capables de relancer la fréquentation et de soutenir la création locale. Le Cameroun, riche de talents et d’histoires à raconter, mérite une infrastructure cinématographique à la hauteur de ses ambitions. Sans cela, le 7e art risque de rester confiné aux festivals, privé de son public et de son impact culturel.

Focus

Au début des années 1970, le Cameroun comptait fièrement trente-deux salles de cinéma réparties sur l’ensemble du territoire, témoignant d’un véritable engouement populaire pour le 7e art. Des salles comme le Capitole, l’Abbia, le Wouri, l’Empire, le Mermoz, le Rex, le Ciné Central ou encore le Ciné Caméra faisaient vibrer les cinéphiles de Yaoundé, Douala, Bafoussam, Garoua et Maroua. Ces espaces culturels étaient des lieux de rencontre, de découverte et de transmission. Mais dès l’apparition de la télévision dans les foyers dans les années 1980, la fréquentation des salles a chuté drastiquement.

À cela, se sont ajoutées des taxes jugées excessives sur les billets d’entrée, qui ont progressivement étouffé les exploitants. En 2003, le Capitole ferme ses portes à Yaoundé, amorçant une série noire qui culminera en janvier 2009 avec la fermeture simultanée des trois dernières salles encore en activité: l’Abbia à Yaoundé, le Wouri à Douala et l’Empire à Bafoussam. Depuis cette disparition brutale, les cinéphiles camerounais sont privés d’espaces dédiés à la projection.

Les bâtiments qui abritaient ces salles ont été reconvertis en commerces ou laissés à l’abandon, devenant parfois des repaires de délinquants. L’ouverture en 2016 de Canal Olympia à l’Université de Yaoundé I, suivie de celle de Douala en 2017, par le groupe Vivendi, a été saluée comme une tentative de renaissance. Ces infrastructures modernes s’inscrivent dans un projet panafricain de revitalisation du cinéma, mais leur nombre reste insuffisant pour combler le vide laissé par les anciennes salles.

Ange Pouamoun

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