
Le Ministre des Transports a ordonné la suspension des opérations de sécurité routière sur les axes nationaux. Une décision saluée comme un coup d’arrêt aux abus et à la corruption qui gangrenaient le secteur.
Dans une correspondance officielle datée du 12 novembre 2025, le Ministre des Transports (Mint), Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe, a ordonné la suspension immédiate et jusqu’à nouvel ordre des opérations de prévention et de sécurité routières sur les axes routiers du pays. Cette décision, adressée aux Délégués régionaux et départementaux, marque un tournant dans la gestion du transport routier au Cameroun. « J’ai l’honneur de vous demander de vouloir bien suspendre momentanément […] les opérations de prévention et de sécurité routières sur les axes routiers », écrit le Mint, insistant sur « l’importance de la stricte application des présentes instructions, pour lesquelles aucun manquement ne sera toléré ».
Cette mesure intervient dans un contexte de tensions post-électorales et de grogne croissante des Transporteurs, exaspérés par les contrôles routiers devenus, selon plusieurs syndicats, des prétextes à des pratiques de racket et de corruption. Des vidéos virales, ont récemment mis en lumière des Agents de sécurité routière acceptant ouvertement des pots-de-vin. Le Mint avait déjà dénoncé ces dérives dans un communiqué antérieur, évoquant « la perception indue de supposées amendes » par certains de ses collaborateurs.

Cette suspension apparaît donc comme une réponse directe aux critiques récurrentes sur les abus commis par des agents zélés ou corrompus sur les routes nationales. Si les contrôles sur les axes sont suspendus, le ministère n’abandonne pas pour autant la prévention. « Les activités de sensibilisation et de suivi du respect de la réglementation devront se poursuivre au sein des gares routières, des agences de voyages ainsi que dans les centres de formation à la conduite automobile et les établissements scolaires », precise-t-il.
Les gares routières, véritables plaques tournantes du transport interurbain, deviennent ainsi les nouveaux foyers d’action pour la sécurité routière. Selon un rapport du Cerema, ces infrastructures jouent un rôle clé dans la régulation des flux de passagers et la diffusion de l’information sur les bonnes pratiques de conduite. Cette réorientation stratégique s’inscrit dans une volonté de privilégier l’éducation et la responsabilisation des usagers plutôt que la répression. Elle fait également écho aux recommandations de la Banque mondiale, qui encourage les États africains à adopter des approches plus inclusives et moins coercitives en matière de sécurité routière.
En suspendant les opérations de sécurité routière sur les axes, le gouvernement envoie un signal fort contre les abus et la corruption. Cette décision, saluée par les acteurs du transport, ouvre la voie à une réforme en profondeur du dispositif de contrôle routier. Reste à voir si cette pause stratégique sera suivie d’une refonte durable et crédible, capable de concilier sécurité, fluidité et intégrité.
Ange Pouamoun



