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Crise de l’éducation au Cameroun : 3 500 recrutements contestés, 8 400 Enseignants perdus et 117 milliards de FCFA envolés

Le Collectif des organisations des Enseignants du Cameroun (Corec) dénonce une politique de recrutement qu’il juge inefficace et appelle à une réforme urgente pour stopper l’hémorragie des compétences et sauver l’école publique.

Le Corec, a rendu public un communiqué d’alerte après la décision gouvernementale annonçant un recrutement spécial de 3 500 Enseignants. Si la mesure a d’abord été perçue comme un signal d’anticipation des besoins futurs, l’organisation syndicale parle désormais d’un mirage administratif. Selon sa cellule de veille, cette politique relève d’«une illusion d’optique politique et d’un leurre stratégique inopérant face à la cinétique de la crise actuelle ».

Cette prise de position intervient dans un contexte où plusieurs rapports internationaux, notamment ceux de l’Unesco et de la Banque mondiale, classent le Cameroun parmi les pays confrontés à un déficit croissant d’Enseignants qualifiés, aggravé par la migration des compétences vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Le premier reproche du Corec concerne la lenteur des effets attendus. « La ventilation des places 1 400 pour le premier cycle opérationnel en trois ou cinq ans contre seulement 1 100 pour le second cycle en deux ans prouve que l’effet escompté est dangereusement différé », souligne le communiqué.

Plus inquiétant encore, le collectif rappelle que l’administration peine déjà à intégrer les Enseignants formés.« Comment croire en de nouveaux flux quand l’administration ne prend pas en charge le stock existant », interroge l’organisation, révélant que « plus de 1 100 lauréats de la promotion 2024 attendent toujours leurs décrets d’intégration en ce début 2026 ». Une situation qui, selon plusieurs observateurs du système éducatif, alimente la démotivation et pousse de nombreux jeunes diplômés à chercher des opportunités hors du pays.

L’école face à l’aspiration migratoire

Le Corec met en garde contre ce qu’il qualifie de faute économique majeure. « En l’absence de mécanismes de rétention, 80 pour cent des futures recrues seront aspirées par les dispositifs migratoires prédateurs », affirme le communiqué, évoquant les programmes d’immigration ciblant les enseignants et diplômés africains. Les données publiées par des plateformes spécialisées en mobilité internationale confirment une hausse constante des départs d’enseignants camerounais vers le Canada, l’Europe et certains pays du Golfe.

Pour le collectif, « le Cameroun agit désormais comme le centre de formation gratuit de l’Occident ». Cette réalité transforme l’école nationale en simple étape de transit au lieu d’un socle de développement durable. Le rapport Phénix du Snaes 2026, cité par le Corec, révèle qu’entre 2022 et 2025, « le Cameroun a perdu 8 400 Enseignants formés, soit une perte sèche de 117 milliards de FCFA ». Le coût unitaire de formation est estimé à 14 millions de FCFA par Enseignant.

Pour le collectif, cette somme aurait permis de financer une politique de fidélisation et d’amélioration des conditions de travail. « Persister dans le recrutement sans fidélisation est une dilapidation insoutenable de la fortune publique », martèle l’organisation. Elle interpelle directement les élus locaux et nationaux en rappelant que « la décentralisation ne peut s’opérer dans un désert intellectuel » et que le seuil recommandé de 4 à 7 pour cent du Pib consacré à l’éducation reste hors d’atteinte.

Face à l’urgence, le Corec exige la mise en œuvre préalable de sept mesures structurantes avant tout nouveau recrutement. Il s’agit notamment de la convocation d’un Forum national de l’éducation, de la signature d’un statut spécial de l’enseignant, de la régularisation des travailleurs des parents et de la protection effective de la liberté syndicale conformément aux conventions internationales ratifiées par le Cameroun.

Le collectif rappelle avoir déjà alerté les autorités par des notifications officielles en mars et août 2025, restées sans réponse à la hauteur des enjeux. Il annonce la tenue prochaine d’une Assise stratégique nationale pour décider des «mesures légales qui s’imposent pour la sauvegarde de l’école républicaine ». Le message est sans équivoque et résonne comme un mot d’ordre.« L’école camerounaise ne sera pas la salle d’attente de l’émigration ». Une formule qui résume la gravité d’une crise désormais chiffrée, documentée et portée sur la place publique.

Ange Pouamoun

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