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Droits de la femme au Cameroun : Des avancées certes, mais des freins aussi

À l’heure où le Cameroun célèbre la journée internationale des droits de la femme, sous le thème « Droit justice et action pour la femme et la jeune fille », le constat s’impose ; les textes protègent, mais l’effectivité demeure le véritable champ de bataille.

Le droit est posé. Il est codifié. Il proclame l’égalité. Pourtant, dans la pratique professionnelle et sociale, la femme camerounaise continue de négocier l’exercice de droits déjà reconnus par la loi.

La Constitution du Cameroun garantit l’égalité de tous devant la loi sans distinction de sexe. Le Code pénal camerounais, notamment en ses articles 296 et suivants, sanctionne les violences faites aux femmes. Le Code du travail camerounais consacre le principe « à travail égal salaire égal ». Le Code civil camerounais reconnaît la capacité juridique de la femme mariée et encadre les successions. Sur le plan normatif, la protection existe. Sur le terrain, elle se heurte encore aux réalités.

Des droits consolidés dans le monde professionnel

L’accès des femmes aux fonctions autrefois réservées aux hommes est aujourd’hui une réalité visible dans l’administration, la magistrature, les forces de sécurité ou les entreprises privées.

Maître Ekobena Armande, Greffière, l’affirme : « Oui, le droit au Cameroun protège les femmes. Elles sont désormais conviées à des tâches et à des postes qui étaient réservés uniquement aux hommes. Elles ont une capacité à se faire entendre dans divers domaines. »

Elle souligne également le rôle institutionnel joué par certaines femmes à la tête de structures de protection : « Dans les cas de violences faites aux femmes, il existe des lois qui les protègent et des femmes responsables veillent à leur application. »

La dynamique est réelle. Le droit a ouvert des portes. Les femmes occupent progressivement l’espace décisionnel.

Le décalage entre norme et pratique

Mais la coexistence du droit écrit et du droit coutumier freine l’égalité vécue. En matière successorale ou foncière, certaines pratiques traditionnelles continuent d’écarter les femmes malgré les dispositions civiles protectrices.

Maître Soukeng, Avocate, apporte une analyse lucide : « Le cadre juridique camerounais est globalement protecteur. Il consacre l’égalité et offre des outils de recours. Le problème n’est plus seulement l’existence du droit. C’est son application effective. » Elle précise encore : « Lorsque la coutume entre en conflit avec la loi écrite, ce sont souvent les femmes qui en subissent les conséquences. »

Ainsi, la loi reconnaît des droits successoraux. Mais la pression sociale, la dépendance économique et la peur du conflit familial limitent le recours au juge.

L’effectivité comme enjeu central

L’accès à la justice reste complexe. Les coûts, la lenteur des procédures et la méconnaissance des textes freinent les démarches. En zones rurales, l’éloignement des juridictions accentue la vulnérabilité.

Pourtant, les bases juridiques sont solides. Les violences conjugales sont pénalement réprimées. Les discriminations professionnelles sont sanctionnables. L’égalité salariale est un principe légalement établi.

Le défi devient culturel et institutionnel. Il exige une vulgarisation des textes, un accompagnement juridique renforcé et une transformation des mentalités.

Le thème « Droit justice et action » prend alors une dimension stratégique pour le monde professionnel. Le droit fixe la norme. La justice tranche. L’action rend la règle concrète.

Le 8 mars 2026 ne peut se limiter à un symbole. Il impose un impératif. Au Cameroun, l’égalité des femmes n’est pas une faveur sociale. Elle est un droit légalement consacré.

Reste à faire de ce droit une réalité quotidienne dans les entreprises, les tribunaux et les familles. Car dans un État de droit, la crédibilité des textes se mesure à leur application. Et l’égalité ne se proclame pas seulement. Elle se vit.

Nancy Ngo Tjeck

Maître Armande Ekobena, Greffière

 « Elles occupent désormais des postes stratégiques… »

Au Cameroun, le droit reconnaît et protège les femmes à travers un cadre juridique qui consacre l’égalité et leur ouvre l’accès à des responsabilités autrefois réservées aux hommes. Elles occupent désormais des postes stratégiques dans l’administration, la justice, les forces de défense ou encore les entreprises, affirmant ainsi leur pleine capacité à agir et à décider.

Face aux violences faites aux femmes, des textes spécifiques existent pour assurer leur protection et sanctionner les auteurs. Des mécanismes institutionnels ont également été mis en place pour veiller à l’application effective de ces lois. À la tête de ces dispositifs, des femmes occupent des fonctions de responsabilité et œuvrent à faire respecter les droits féminins, renforçant ainsi leur visibilité et leur légitimité dans l’espace public camerounais.

Recueillis par Nancy Ngo Tjeck

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