
La proclamation officielle des résultats des élections des Délégués du Personnel consacre la Cstc en tête, mais déclenche une fronde syndicale menée par elle et l’Ugtc qui réclame la vérité des urnes et met en cause la plateforme numérique Piges.
La publication de l’arrêté ministériel portant classement national des confédérations syndicales à l’issue des élections des Délégués du Personnel du 13 janvier 2026 marque un tournant majeur dans la vie syndicale camerounaise. Signé par le Ministre du Travail et de la Sécurité sociale (Mintss), Grégoire Owona, le texte s’appuie sur l’exploitation des procès-verbaux transmis à la Commission mixte nationale conformément au Code du travail et à l’arrêté du 1er octobre 2025 fixant les modalités du scrutin.
Selon les chiffres officiels, 5 264 Délégués du Personnel ont été comptabilisés à l’échelle nationale. La Confédération syndicale des Travailleurs du Cameroun arrive en tête avec 1 204 Délégués soit 22,88 %, suivie par la Confédération des syndicats autonomes du Cameroun avec 1 024 Délégués soit 19,46 %, puis par l’Union générale des Travailleurs du Cameroun avec 966 Délégués soit 18,36 %. L’Union des syndicats libres du Cameroun enregistre 828 Délégués soit 15,73 %, tandis que la Confédération Entente totalise 450 Délégués soit 8,55 %. Les autres organisations complètent la cartographie nationale, consacrant une concentration de plus de 76 % des suffrages autour de quatre grandes confédérations.
Le gouvernement défend la crédibilité du scrutin numérique
Face aux critiques, le Ministre Grégoire Owona défend la régularité du processus électoral lors d’un point de presse au ministère du Travail et de la Sécurité sociale.« Ces élections se sont déroulées de manière régulière, transparente et apaisée », affirme -t-il devant les professionnels des médias. Il met en avant la Plateforme informatique de gestion des élections sociales comme innovation majeure. « La principale innovation de cette édition réside dans la digitalisation complète du processus électoral à travers la plateforme Piges », déclare le Ministre, évoquant la constitution des listes électorales, la réception des candidatures, le suivi du vote et la production rapide des résultats.
Tout en défendant la crédibilité du scrutin, il reconnait la nécessité d’améliorer le dispositif. « Le Gouvernement reste ouvert à toute proposition constructive visant à améliorer les prochaines échéances électorales », conclut-il.
Entre innovation technologique et bras de fer social
La contestation la plus ferme est venue de l’Union générale des travailleurs du Cameroun (Ugtc). Réunis à Yaoundé, ses responsables ont dénoncé ce qu’ils qualifient de résultats partiels issus de la plateforme Piges. Son porte-parole, Isaac Bissala, a déclaré que « les résultats publiés par le Ministre du Travail et de la Sécurité sociale (Mintss) ne reflètent pas la réalité du scrutin, car toutes les données n’ont pas été intégrées dans la plateforme informatique ».
Selon l’Ugtc, la réforme numérique a été introduite sans garanties suffisantes d’accessibilité et de fiabilité dans un contexte marqué par les coupures d’électricité et la faible couverture Internet dans plusieurs régions. « Près d’un quart des propositions des confédérations a été rejeté, alors qu’elles visaient à garantir des élections fiables et transparentes », déplore Isaac Bissala.
La centrale syndicale affirme avoir recensé 1 315 Délégués contre les 966 attribués officiellement par l’arrêté ministériel. Elle demande un délai supplémentaire pour intégrer les résultats manquants avant toute proclamation définitive.
Même sons de cloche à la Cstc où le score de 2 204 Délégués du Personnel est également contesté. Selon Abraham Baboulé son Président confédéral, une centaine de procès-verbaux dûment remplis n’ont pas été pris en compte, malgré les revendications y afférentes. Bien plus, de nombreux Délégués élus sous la bannière de la Cstc ont été attribués à d’autres confédérations, etc.
Sur le terrain, plusieurs syndicats évoquent des dysfonctionnements liés à l’organisation du scrutin. Beaucoup d’Employeurs auraient organisé des élections avec des candidats indépendants en invoquant des carences syndicales, une pratique jugée contraire à la Convention 87 de l’Organisation internationale du travail sur la liberté syndicale. « Certains employeurs ont refusé nos listes de candidats, d’autres les ont acceptées pour ensuite transformer nos représentants en indépendants », affirme Isaac Bissala.
Le jour du scrutin, plusieurs entreprises n’ont pas organisé les élections ou les ont reportées sans autorisation administrative. Les commissions mixtes régionales et nationale ont travaillé sur des procès-verbaux partiels, alimentant la controverse sur la fiabilité des chiffres.
Au-delà des statistiques, ces élections constituent un baromètre décisif de la représentativité syndicale et influencent directement les futures négociations sociales. Entre victoire officielle et contestation ouverte de la Cstc et de l’Ugtc, le scrutin social de 2026 ouvre une nouvelle phase du dialogue social camerounais, où modernisation numérique, respect des normes internationales du travail et confiance des partenaires sociaux devront avancer ensemble pour éviter que l’innovation ne devienne un nouveau foyer de tensions.
Ange Pouamoun




