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élections sociales 2026 : La plateforme Piges à l’épreuve des critiques

Réunis hier à Yaoundé, membres des commissions de vote, responsables du ministère du Travail et confédérations syndicales ont confronté chiffres, constats et inquiétudes autour des récentes élections des Délégués du Personnel, révélant les avancées et les limites de l’informatisation du scrutin.

La rencontre tenue hier, mardi 20 janvier 2026 entre les membres des commissions de vote et les responsables du ministère du Travail et de la Sécurité sociale (Mintss) s’inscrit dans un contexte marqué par l’achèvement des élections des Délégués du Personnel pour la mandature 2026-2028. À Yaoundé, autour de la délégation régionale du Centre, l’objectif était clair : faire le point sur le déroulement du processus électoral, examiner les données issues de la plateforme numérique Piges et écouter les observations des organisations syndicales.

Cette réunion intervient après plusieurs semaines de remontées critiques sur le terrain, alors que le ministère avait fixé au 13 janvier la date butoir pour l’organisation des élections sociales dans toutes les entreprises concernées. Devant les participants, le Chef de la cellule informatique a présenté les premières tendances chiffrées. Gilbert Armand Tchudjo Guiffo a détaillé l’état d’avancement du traitement des procès-verbaux. « Sur environ 2 535 entreprises concernées, 2 212 procès-verbaux ont été reçus. Il reste environ 523 PV, soit près de 20%, qui ne sont pas encore renseignés », indique-t-il. Selon lui, les dix commissions régionales ont effectivement travaillé et les observations relevées restent globalement mineures. « Dans le Littoral par exemple, les chiffres sont acceptés à 99%. Les remarques portent souvent sur le nom d’un syndicat ou une ou deux voix », précise-t-il, soulignant toutefois que ces chiffres demeurent provisoires.

Entre modernisation et difficultés pratiques

Lancée comme un outil de modernisation et de transparence, la plateforme informatique de gestion des élections sociales (Piges) est au centre de toutes les discussions. Sur le papier, elle permet de sécuriser les données électorales, de limiter les fraudes et d’assurer une meilleure traçabilité des résultats. Mais sur le terrain, son appropriation reste inégale. « Beaucoup d’employeurs n’ont pas encore l’aptitude à renseigner la plateforme. Ils continuent d’établir des procès-verbaux manuels qui ne sont pas pris en compte par les commissions », a expliqué un responsable syndical.

Or, seules les données générées automatiquement par la plateforme sont valides, ce qui crée un fossé entre la réglementation et la pratique quotidienne dans les entreprises. Les confédérations syndicales ont pointé de nombreuses irrégularités observées lors des travaux de dépouillement. Joseph Mikou, Président de la Csac, dresse un tableau préoccupant. « Beaucoup d’Employeurs n’ont pas du tout organisé les élections malgré la date butoir fixée par le Ministre. D’autres n’ont toujours pas renseigné les PV sur la plateforme », déclare-t-il.

Il dénonce également la réception des procès-verbaux uniquement des mains des Employeurs, estimant que cette pratique accroît les risques de fraude électorale et marginalise les syndicats dans un processus pourtant paritaire. Parmi les dysfonctionnements les plus graves figure la substitution des Employeurs aux organisations syndicales. « Certains Employeurs s’érigent à la place des syndicats, sans certificat de carence, et renseignent la plateforme pour leur propre candidat », dénonce encore Joseph Mikou.

Cette situation contrevient aux dispositions du Code du travail et aux arrêtés ministériels encadrant l’organisation des élections professionnelles. Elle alimente un climat de suspicion et remet en cause l’équité du scrutin dans plusieurs secteurs d’activité. Autre point largement débattu, la présence de syndicats dits passe-partout.

Pour les confédérations, la plateforme numérique devait justement corriger cette dérive en limitant la validité des candidatures aux secteurs de compétence reconnus. Faute de ce filtrage effectif, la confusion persiste et affaiblit la crédibilité des résultats.

Le contentieux électoral, nœud du problème

Au-delà des aspects techniques, le débat a mis en lumière une faille juridique majeure le contentieux électoral. Gilbert Ndzana Olongo, Président de la Confédération des syndicats indépendants du Cameroun (Csic), a été sans concession. « Le véritable problème réside dans le contentieux électoral. En principe, il doit être vidé avant la proclamation définitive des résultats. Or aucun texte ne le prévoit clairement », affirme-t-il. Selon lui, le Code du travail évoque la question de manière trop laconique, laissant perdurer des litiges pendant trois ou quatre ans devant les tribunaux. « Comment proclamer des résultats définitifs alors que tous les conflits n’ont pas été tranchés par la justice », s’interroge-t-il.

La réunion a également été marquée par un vif mécontentement sur l’absence de moyens alloués aux commissions. « Nous venons avec notre propre carburant. Nous travaillons de 11 heures à 18 heures de temps sans même de l’eau à boire », déplore Joseph Mikou. Les syndicats rappellent que ces commissions sont légalement constituées par le ministère du Travail et devraient bénéficier de financements, à l’instar des processus électoraux politiques qui reçoivent des subventions publiques.

Les participants ont convenu que les travaux actuels restent provisoires. La prochaine étape sera la réunion de la Commission nationale, attendue pour dégager les tendances définitives. « Nous ne sommes qu’à mi-chemin. Beaucoup de nettoyage reste à faire », reconnait un responsable syndical. En attendant, la plateforme Piges demeure à la fois un outil incontournable et un chantier inachevé, révélant les défis de la numérisation des élections sociales au Cameroun et la nécessité d’un encadrement juridique, technique et financier plus rigoureux.

Ange Pouamoun

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