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Formation doctorale : Les quotas vivement contestés dans les campus

La limitation drastique des places en doctorat dans les universités publiques camerounaises plonge des milliers de diplômés et Chercheurs dans l’incertitude, fragilisant l’avenir de tout un secteur clé.

Une vague d’indignation secoue les campus universitaires et les milieux académiques camerounais. Depuis la décision récente du gouvernement de limiter le nombre de places pour l’accès au cycle doctoral, la communauté universitaire dénonce une mesure jugée« injustifiée » et« dangereuse » pour l’avenir de la recherche scientifique au Cameroun. Dans une lettre ouverte adressée au Ministre de l’Enseignement supérieur, les étudiants, diplômés de master et chercheurs expriment leur désarroi et tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences de cette politique qu’ils qualifient de« restriction académique institutionnalisée ».

Cette décision intervient après trois longues années de suspension des recrutements en doctorat. Pendant cette période, les universités camerounaises ont continué à former des diplômés de master par centaines chaque année, laissant aujourd’hui une masse critique de jeunes chercheurs sans perspectives académiques. « Il est difficilement acceptable qu’après une si longue interruption, l’État propose une réponse aussi dérisoire à une demande pourtant prévisible et légitime », écrivent les signataires de la lettre.

Pour les étudiants et chercheurs en colère, la mise en place de quotas uniformisés, appliqués indépendamment des spécificités des universités, des facultés et des disciplines, est une erreur stratégique qui amplifie les injustices structurelles. Les sciences humaines, les lettres ou encore les sciences fondamentales, déjà en manque de financement et de reconnaissance, sont parmi les plus lourdement pénalisées par cette mesure.  Certains universitaires, contactés pour recueillir leurs impressions, s’inquiètent également de l’impact de cette politique sur la crédibilité des processus de sélection.« Lorsque des milliers de candidats se disputent quelques dizaines de places, le risque de corruption, de favoritisme et de clientélisme devient quasi inévitable », avertit un enseignant-chercheur sous anonymat. Cette situation, selon lui, menace de ternir l’image des universités publiques et de saper la confiance des étudiants dans le système éducatif. 

Conséquences sociales alarmantes

Les répercussions de cette politique dépassent largement le cadre académique. Les signataires de la lettre ouverte dressent un tableau sombre des conséquences sociales et économiques qui en découlent : découragement massif des jeunes chercheurs, montée du chômage intellectuel et gaspillage des ressources humaines formées à grands frais par l’État et les familles. Le spectre d’un affaiblissement durable de la recherche scientifique nationale plane également sur le pays. « En limitant abusivement l’accès au doctorat, c’est l’avenir scientifique du Cameroun que l’on hypothèque », s’insurgent les étudiants. De nombreux diplômés envisagent déjà d’émigrer vers d’autres pays où les opportunités académiques sont plus accessibles, aggravant ainsi le phénomène de fuite des cerveaux.

Face à cette situation critique, les chercheurs indignés appellent à une révision immédiate et substantielle des quotas en doctorat. Ils exigent une répartition équitable des places, tenant compte des effectifs réels et des capacités d’encadrement de chaque université et filière. Ils demandent également la publication transparente des critères de sélection et la mise en place de mécanismes rigoureux pour prévenir toute forme de dérive. « À défaut de mesures correctives urgentes, cette politique continuera d’alimenter frustrations, injustices et soupçons légitimes au sein de la communauté universitaire », avertissent-ils dans leur lettre.

Une chose est certaine : la crise actuelle met en lumière les failles profondes du système universitaire camerounais. Si aucune solution rapide et adaptée n’est trouvée, c’est tout un secteur stratégique pour le développement du Cameroun qui risque de s’effondrer, laissant derrière lui des générations d’étudiants désabusés et un avenir scientifique en péril. Rappelons que le gouvernement a officiellement autorisé la sélection de 600 candidats pour le cycle doctoral dans les 11 universités d’État, une décision annoncée le 15 janvier 2026 par le ministère de l’Enseignement supérieur. Cette mesure marque la reprise des formations doctorales, suspendues depuis plusieurs années, et vise à renforcer la recherche scientifique et l’innovation nationale.

Ange Pouamoun

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