
En tant que vice-président de confédération syndicale, quelle lecture faites-vous du discours d’investiture du chef de l’État ?
Après les propos tenus par Paul Biya au Palais de Verre de Yaoundé, le 6 novembre dernier dans son discours d’investiture pour un huitième mandat, les réactions se multiplient dans la classe politique camerounaise. Si celui-ci a reconnu « des frustrations » de la part du peuple camerounais et adressé ses condoléances aux familles des victimes des tensions post-électorales, ce sont ses mots « l’ordre règnera » et l’irresponsabilité de « certains politiciens » dans les violences de la semaine dernière qui suscitent le plus de commentaires. Pour quelq’un au pouvoir depuis 43 ans, quand il appelle à « l’union sacrée » et « à la responsabilité » des uns et des autres – parce que le pays n’a pas besoin d’une crise post-électorale, j’y vois un peu une forme d’arrogance de sa part, au moment où nous devons apaiser les tensions issues de ces élections.
Le président a annoncé placer son nouveau mandat sous le signe de la jeunesse et de la promotion des femmes, avec la relance des concours dans les écoles nationales et les études doctorales. Pensez-vous que ces mesures peuvent réellement améliorer la situation de l’emploi et du chômage au Cameroun ?
Ce discours, nous l’avons déjà entendu. Ce que le peuple réclame, c’est de passer de la parole aux actes. Nous allons voir si cette fois-ci, il tiendra compte de ses déclarations. Les Camerounais ne croient plus beaucoup aux déclarations présidentielles; ce qui est très grave. Le Président doit tenir compte de cette élection. le peuple a parlé et bien parlé. Son entourage doit éviter l’arrogance et le message envoyé mérite qu’il en prenne compte le plus vite. Sinon, nous allons rencontrer beaucoup de remous au cours de ce septennat.
Selon vous, quelles devraient être les priorités du nouveau septennat pour relancer durablement l’économie, renforcer l’emploi décent et améliorer les conditions socio-professionnelles des travailleurs camerounais ?
Il faut une nouvelle forme de l’État. Pour ce faire, la constitution doit connaître une modification. Le code électoral doit être modifié et adapté à la demande des partis politiques. Le Président doit complètement changer son gouvernement et enlever tous ceux qui sont accusés à tort ou à raison de mauvaise gestion. Le Président doit former un gouvernement de consensus national en tenant compte de tous les corps du pays. Il doit recevoir et dialoguer avec les partis politiques, les organisations des Employeurs, des Travailleurs, du clergé, société civile pour sceller un pacte républicain. Avant de former son gouvernement, en dehors du discours d’investiture, il doit parler à son peuple, apaiser les peurs et les incertitudes, prôner l’apaisement par des actes concrets.
Interview réalisée par Laurentin Alima



