
Le Président du Synesgcam se félicite de l’annulation par la justice des élections des Délégués du Personnel à G4S Security Service Cameroon Plc Maroua, qu’il juge entachées d’irrégularités graves, et appelle à une enquête administrative pour garantir désormais des scrutins transparents et légaux.
Quelles sont précisément les irrégularités que votre syndicat a constatées lors des élections des Délégués du Personnel de janvier 2026 et qui vous ont poussé à saisir la justice ?
Au matin du mardi 13 janvier 2026, jour fixé pour l’élection des Délégués du Personnel au Cameroun, deux listes de candidatures devaient s’affronter au sein de la société G4S Security Service Cameroon Plc à Maroua, notamment celle investie par le Synesgcam et celle d’un syndicat concurrent. Le scrutin a débuté aux environs de 8h30. Cependant, contre toute attente, les opérations électorales ont été brusquement interrompues vers 13h11, sans que notre syndicat ne soit officiellement informé des raisons de cette interruption. Par la suite, nous avons appris par la clameur publique qu’un syndicat concurrent avait saisi, le même jour, le Délégué régional du Travail et de la Sécurité sociale de l’Extrême-Nord afin d’obtenir la disqualification de la liste du Synesgcam. Notre organisation n’a jamais été convoquée pour se défendre ni même contactée par téléphone. Malgré cela, la liste de nos candidats a été disqualifiée verbalement, dans des conditions que nous considérons comme contraires à la loi, avec l’implication de certains services de l’administration du travail de la région.
Afin d’obtenir des explications, nous avons adressé, le 13 janvier 2026, une correspondance au Directeur général de G4S Security Service Cameroon Plc pour connaître les raisons de l’interruption du scrutin. Cette correspondance est restée sans réponse. Le lendemain, mercredi 14 janvier 2026, un nouveau scrutin a été organisé de manière que nous considérons comme illégale, puisque ni la liste des candidats du Synesgcam, ni nos bulletins de vote n’étaient présents dans le bureau de vote. Plusieurs textes réglementaires ont ainsi été violés, notamment l’article 126 alinéa 1 du Code du travail camerounais, les articles 12 et 14 de l’arrêté du 1 octobre 2025 fixant les modalités des élections des délégués du personnel, ainsi que la décision ministérielle du 2 octobre 2025 qui fixait la date du scrutin au 13 janvier 2026.
Face à ces irrégularités, le Synesgcam a saisi le Juge des référés qui, par ordonnance n°07/CIV/Ref du 19 février 2026, a annulé les élections et ordonné la tenue d’un nouveau scrutin dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 000 FCFA par jour de retard.
Que représente pour vous et pour les Travailleurs du secteur du gardiennage cette décision de justice qui annule le scrutin chez G4S à Maroua ?
Pour le Synesgcam, cette décision constitue avant tout une victoire de l’action syndicale et de l’État de droit. Elle démontre que la justice peut être saisie pour restaurer les droits des Travailleurs lorsqu’ils sont bafoués. Pour les Employés de G4S à Maroua, cette décision est également une grande source de satisfaction. Elle leur redonne la possibilité d’exercer librement leur droit de vote, afin de choisir les Délégués du Personnel qui porteront véritablement leurs préoccupations. Les Travailleurs souhaitent élire des représentants de leur choix et non des candidats qui leur seraient imposés par l’Employeur ou par ce que l’on appelle communément des syndicats jaunes. La décision du juge vient donc restaurer un droit fondamental, celui de participer librement à la représentation du personnel dans l’entreprise.
Pensez-vous que cette décision peut faire jurisprudence et encourager d’autres syndicats à dénoncer les violations des règles électorales dans les entreprises au Cameroun ?
Oui, nous le pensons avec une très forte conviction. Cette décision est susceptible de constituer une jurisprudence importante, notamment dans la partie septentrionale du Cameroun. Elle pourrait alimenter les débats juridiques autour de l’application de l’article 126 du Code du travail qui encadre l’élection des Délégués du Personnel. Elle montre que les syndicats disposent de voies légales pour contester les irrégularités et défendre les droits des Travailleurs. Comme nous le disons souvent au sein du Synesgcam, l’action syndicale doit contribuer à la naissance des jurisprudences. Chaque décision de justice rendue dans ce sens participe à renforcer l’État de droit et à améliorer les conditions de travail et de représentation des salariés.
Quelles garanties attendez-vous désormais de l’Employeur et des autorités administratives pour que les prochaines élections se déroulent dans la transparence et le respect de la loi ?
Nous attendons d’abord de l’Employeur qu’il se conforme strictement à l’ordonnance rendue par le Juge des référés, qui est exécutoire immédiatement. Nous souhaitons que les prochaines élections soient organisées dans des conditions transparentes et équitables. Cela implique notamment la mise en place d’urnes transparentes, la notification officielle au Synesgcam de la date et des horaires du scrutin, ainsi que la présence de nos bulletins de vote dans le bureau de vote avec les noms de nos candidats.
En cas de contestation sur l’appartenance syndicale des candidats, chaque organisation devrait pouvoir présenter les fiches d’adhésion de ses membres afin d’éviter toute manipulation. Du côté des autorités administratives, nous sollicitons la vigilance du Premier Ministre, du Ministre du Travail et de la Sécurité sociale ainsi que du préfet du département du Diamaré, afin que l’ordonnance de justice soit respectée par l’entreprise.
Nous demandons également l’ouverture d’enquêtes administratives concernant le rôle joué par certains services de l’administration du travail dans cette affaire, car plusieurs prescriptions légales ont été violées dans le seul but d’écarter la liste du Synesgcam. Enfin, nous attirons l’attention des pouvoirs publics sur la situation globale du secteur du gardiennage au Cameroun. La concurrence déloyale exercée par des sociétés non agréées met en péril des milliers d’emplois et tire les salaires vers le bas, certains vigiles percevant à peine 20 000 à 30 000 FCFA par mois, bien en dessous du salaire minimum.
Nous appelons donc les autorités à faire respecter la loi qui exige qu’une société de gardiennage dispose d’un agrément délivré par la présidence de la République avant d’exercer. Le respect de cette réglementation est indispensable pour protéger les travailleurs et assainir le secteur.
Propos recueillis par A.P.





Toutes mes vifs encouragement au tribunal de première instance de Maroua qui a rendu justice à nos collègues. Félicitations au président de synesgcam pour sa ténacité.