
Lancée en février 2026, la zone industrialo-portuaire de Kribi (KPIZ) promet de transformer le marché du travail camerounais. Mais derrière le chiffre, former dès aujourd’hui les Techniciens, Logisticiens et Opérateurs industriels que réclameront demain les 4 000 hectares de la Kpiz s’avère comme une urgence.
C’est une promesse qui engage autant le secteur productif que le système éducatif. Avec le lancement officiel de la Kribi Port Industrial Zone (KPIZ) le 26 février 2026, le Cameroun s’est doté d’un outil industriel de grande envergure : 4 000 hectares intégrés au domaine portuaire, un investissement total estimé à 520 milliards de FCFA, et surtout, 150 000 emplois directs et indirects annoncés sur quinze ans.
Un chiffre martelé par Patrice Melom, Directeur général du Port autonome de Kribi (PAK), avec une précision qui sonne comme une promesse politique autant qu’économique : ces emplois seront créés « notamment au bénéfice des jeunes ».
Une mécanique d’emploi à plusieurs vitesses
La zone n’est pas une page blanche. Quelque 300 hectares sont déjà opérationnels, avec plus de 60 entreprises installées ou en cours d’installation, principalement dans la logistique, l’agro-industrie, le ciment, la pétrochimie et la sidérurgie. Ces secteurs constituent le cœur des clusters industriels que KPIZ entend développer par phases successives, au rythme des financements mobilisés et des études techniques finalisées.

Les emplois générés seront donc progressifs : d’abord concentrés sur les métiers de la manutention, de la logistique portuaire et de la maintenance de base, puis montant en gamme à mesure que les unités de transformation s’installeront et que la zone atteindra sa pleine maturité industrielle.
C’est précisément cette montée en gamme qui pose la question centrale de la formation professionnelle. Opérer une raffinerie, piloter une ligne de laminage en sidérurgie, gérer la chaîne du froid en agro-industrie ou assurer la conformité environnementale d’une zone économique spéciale : ces compétences ne s’improvisent pas. Elles se construisent sur plusieurs années, dans des centres de formation technique adaptés, avec des équipements pédagogiques qui reflètent les réalités des postes de travail.
Le marché local sous pression
Or le Cameroun accuse un déficit structurel en main-d’œuvre technique qualifiée dans les filières industrielles. Les lycées techniques et centres de formation professionnelle existants forment insuffisamment aux métiers porteurs de la KPIZ. La conséquence est prévisible : sans anticipation, les postes les plus qualifiés — et les mieux rémunérés — risquent d’être pourvus par des profils expatriés, tandis que les jeunes camerounais de la région Sud se retrouvent cantonnés aux emplois d’exécution. Ce scénario, déjà observé sur d’autres grands chantiers du pays, serait un échec politique pour un projet qui se présente explicitement comme un levier d’insertion pour la jeunesse nationale.
Yves Roger Melingui, directeur général de KPIZ, a affiché l’ambition d’aligner la zone sur les standards internationaux des grandes plateformes industrielles africaines. Abidjan, Lomé et Tanger ont toutes adossé le développement de leurs zones économiques spéciales à des dispositifs de formation intégrés ou à des partenariats avec des établissements techniques locaux. Kribi devra emprunter le même chemin.
Les 12 prochains mois, une fenêtre d’action
KPIZ a fixé deux priorités immédiates : améliorer les services aux entreprises déjà présentes, et lancer les études pour les nouvelles phases d’extension. C’est dans cette même fenêtre que les acteurs de la formation professionnelle ministères de tutelle, universités techniques, organismes paritaires, partenaires sociaux —ont tout intérêt à se positionner. Cartographier les besoins en compétences par filière, nouer des partenariats avec les entreprises installées, concevoir des cursus courts et certifiants calqués sur les référentiels métiers de la zone : autant de chantiers qui doivent s’ouvrir maintenant, non dans dix ans.

Le représentant de la Banque africaine de développement présent au lancement a posé le principe avec clarté : quand le secteur privé s’engage dès la conception d’un projet, l’investissement suit et l’impact s’élargit. La même logique vaut pour la formation. Attendre que la demande de main-d’œuvre se manifeste pour commencer à former, c’est garantir un décalage structurel entre l’offre industrielle et le capital humain disponible.
150 000 emplois, un objectif atteignable à une condition
Le Port de Kribi a su, en moins de dix ans, s’imposer comme le premier terminal à conteneurs du Cameroun, avec plus de 93 millions de tonnes traitées et 1 200 milliards de FCFA de recettes douanières générées depuis 2018.
La trajectoire de la KPIZ peut être tout aussi ambitieuse. Mais la promesse des 150 000 emplois ne se réalisera pleinement que si elle est adossée à une stratégie nationale de formation professionnelle à la hauteur : financée, planifiée et engagée dès aujourd’hui. Le compte à rebours est ouvert.
Bomo Makeba




