
Les Enseignants annoncent une grève générale pour dénoncer le mépris du gouvernement et sauver l’école publique.
Le ton est grave, la mobilisation inédite. Le Syndicat national des Enseignants du supérieur (Synes) et le Collectif des organisations des Enseignants du Cameroun (Corec) ont lancé un appel à la grève générale dans toutes les universités et établissements publics du pays. Dès le 8 septembre pour le Corec et à partir du 6 octobre pour le Synes. Cette décision fait suite à une série de frustrations accumulées, de promesses non tenues et d’un dialogue social qualifié de « façade ».
Réunis en visioconférence le 31 août, les membres du Bureau éxécutif national du Synes ont constaté que leur demande d’audience adressée au Président de la République en janvier dernier est restée lettre morte. « Des propositions documentées ont été fournies pour l’amélioration de divers secteurs de l’enseignement supérieur », rappelle le communiqué. Et de poursuivre en citant notamment la valorisation des résultats de la recherche, les inscriptions en thèse et la tenue du fichier national des thèses. Mais aucune concertation n’a eu lieu, et les mesures prises sur ces sujets ont été apprises par les réseaux sociaux.
Le Synes dénonce également le non-paiement de la dette académique et de l’allocation spéciale pour la modernisation de la recherche. Face à ce qu’il qualifie de « mépris affiché par les autorités à l’égard de la fonction enseignante », le syndicat appelle à une cessation totale des activités dans les 11 universités d’État dès le 6 octobre. En amont, les Enseignants sont invités à suspendre les jurys de niveaux et les soutenances de thèses du 15 au 29 septembre, et à boycotter les réunions institutionnelles du 30 septembre au 5 octobre.
Opération craie morte
Le Corec, de son côté, élargit le mouvement à l’ensemble du corps éducatif. Dans un appel solennel daté du 2 septembre, il affirme que « l’heure est historique. Le moment est grave ». Le collectif accuse le gouvernement de sacrifier l’avenir de huit millions d’enfants « sur l’autel de l’immobilisme », et dénonce une école « qui n’instruit plus, où 72 % des enfants sortent du primaire sans maîtriser la lecture et le calcul ».
Selon leur plan d’action, du 6 au 12 septembre, les Enseignants mèneront l’« opération craie morte ». Ils seront présents dans les établissements mais ne dispenseront aucun cours. Du 15 au 17 septembre, l’« opération école morte » prévoit une cessation totale des activités. Enfin, dès le 6 octobre, au lendemain de la Journée mondiale des Enseignants, le mouvement s’intensifiera avec l’« opération éducation en berne ».
Contexte politique tendu
Cette grève intervient dans un contexte politique tendu, à cinq semaines du scrutin présidentiel. Le Synes souligne qu’il « suit avec la plus grande attention l’actualité relative au déroulement du processus électoral » et se dit porteur de « propositions concrètes pour le développement holistique du Cameroun ». Le Corec, quant à lui, avertit. « Continuer à enseigner dans un système qui s’effondre n’est pas un acte de service, mais un acte de résignation. Rester silencieux face à l’injustice n’est pas une option. C’est une trahison».
Selon les dernières données de l’Unesco, le Cameroun consacre moins de 3 % de son Pib à l’éducation, loin derrière ses voisins comme le Sénégal ou le Ghana. Le pays fait face à une pénurie chronique d’Enseignants, à des infrastructures vétustes et à une explosion des frais scolaires non réglementés. Dans les lycées de Yaoundé et Douala, les « places » se vendent jusqu’à 100.000 FCFA, selon plusieurs témoignages. Le gouvernement, jusqu’ici silencieux, est désormais face à une mobilisation qui pourrait paralyser l’ensemble du système éducatif. Le Synes et le Corec, préviennent, « seuls des actes politiques concrets, et non de nouvelles promesses, mettront un terme à ce mouvement. »
Ange Pouamoun



