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REVENDICATIONS SOCIALES : Chronique d’une crise qui perdure au Minesup

Paiements accélérés, négociations relancées, mais grève maintenue : à quelques jours de la rentrée académique du 5 octobre, le bras de fer entre le Minesup et le Synes reste entier. Derrière les milliards déjà payés, une question demeure : quand et comment solder définitivement le contentieux ?

Depuis le 3 septembre 2026, la grève illimitée du Synes se poursuit malgré l’accélération des paiements annoncés par le Minesup. En parallèle, les personnels d’appui ouvrent leur propre chantier social.

3 septembre, le ton monte

La crise démarre avec la session extraordinaire du Synes. Le syndicat annonce une grève totale et illimitée dans les universités publiques. Les revendications portent notamment sur la prime spéciale de modernisation de la recherche et le règlement de la dette académique. Le mot d’ordre est alors clair : la rentrée académique doit être paralysée. Le Synes parle d’une « rentrée académique morte ».

11 septembre, un premier rendez-vous sans le Synes

Une première concertation est convoquée au Minesup. Le syndicat conteste cependant les conditions de la rencontre, notamment le délai de convocation. Pr Jeannette Wogaing Fotso, secrétaire générale du Synes, estime que le temps imparti ne permet pas une mobilisation correcte de ses représentants: « La date de convocation de la réunion […] est trop rapprochée pour permettre un déploiement matériel réaliste de la part du Synes », déclare-t-elle.

La réunion se tient avec des représentants du Minesup, des ministères des Finances et du Travail, les recteurs et d’autres organisations syndicales. Trois enseignants y participent, sans mandat reconnu par le Synes. Au centre des échanges, la dette académique est alors évaluée à 15,498 milliards de Fcfa, dont environ 6,35 milliards déjà payés, soit près de 41 %.

Le dialogue reprend

Après cette première séquence, Pr Jacques Fame Ndongo, ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur, renouvelle son invitation au Synes. Le syndicat accepte finalement de reprendre les discussions.

Lors de la réunion du 18 septembre, le ministère présente l’état des règlements et les perspectives de paiement. Le Synes insiste sur les délais: « Si le communiqué du ministre d’État annonce un paiement du deuxième trimestre jusqu’au 30 septembre, pourquoi rester dans l’hésitation sur les délais le 18 septembre ? », interroge Pr Jeannette Wogaing Fotso. Le désaccord ne porte donc plus uniquement sur le principe du paiement, mais sur son calendrier et les garanties de règlement du reliquat.

Deux états de la dette, pas deux dettes

L’écart entre les chiffres communiqués à quelques jours d’intervalle peut prêter à confusion. Le montant de 15,498 milliards de FCFA, présenté le 11 septembre, correspond à un premier état de la dette. Dans la situation actualisée présentée le 18 septembre, le montant retenu atteint 16,959 milliards de FCFA. Cette différence de 1,461 milliard ne signifie pas qu’une nouvelle dette de cette valeur aurait été créée. Elle traduit un état actualisé des sommes prises en compte dans le dossier.

Dans cette nouvelle situation, 7,294 milliards de FCFA sont considérés comme payés, soit environ 43 %, tandis que le reliquat s’établit à 9,696 milliards. Les deux chiffres doivent donc être lus comme deux photographies comptables prises à des dates différentes : 15,498 milliards le 11 septembre, puis 16,959 milliards dans la situation actualisée du 18 septembre.

Les paiements s’accélèrent

Le Minesup annonce parallèlement plusieurs règlements. Le quatrième trimestre 2025, d’un montant de 5,478 milliards de FCFA, est annoncé comme intégralement payé depuis le 26 juillet. Pour le premier trimestre 2026, 1,769 milliard est annoncé comme payé le 18 septembre, portant les règlements cumulés à 4,861 milliards.

Pour le deuxième trimestre 2026, le montant annoncé atteint 4,919 milliards de Fcfa. Les paiements doivent commencer par les banques de domiciliation des enseignants-chercheurs, avant le billetage pour les bénéficiaires concernés. Ces montants correspondent à des échéances distinctes. Ils ne doivent donc pas être additionnés mécaniquement pour reconstituer la dette académique actualisée de 16,959 milliards.

Le Synes ne lève pas son mot d’ordre

Le 20 septembre, le bureau exécutif national du Synes se réunit par visioconférence. Le syndicat prend acte des discussions et des annonces financières, mais maintient la grève. Il réclame notamment le paiement intégral du deuxième trimestre 2026, le règlement de la dette académique et une situation consolidée et transparente des sommes restant à payer. Le 21 septembre, le Minesup accélère le billetage, initialement annoncé pour le 23. Dr Martial Patrick Abo’oze, Enseignant à l’Université de Douala et premier bénéficiaire, reçoit 380 000 Fcfa « C’est un grand soulagement », témoigne-t-il.

Un deuxième front avec les Personnels d’appui

Pendant que le conflit avec les enseignants-chercheurs se poursuit, le Minesup ouvre un autre chantier avec les personnels d’appui des universités d’État. Le 23 septembre, le nouveau bureau du Syndicat national des personnels d’appui des universités d’État (Synapauc) est reçu par Pr Jacques Fame Ndongo. Les revendications portent notamment sur les rappels de salaires de plus de 6,5 milliards de Fcfa, l’incidence de la nouvelle grille salariale évaluée à 2,3 milliards, mais aussi les avancements, les carrières, les nominations et la couverture sociale. « C’est un cri de cœur. La situation est vraiment difficile pour mes collègues », déclare Jean-Jacques Mbida, président du Synapauc.

Contrairement au Synes, le Synapauc s’engage alors dans un mécanisme de suivi. Un chronogramme est annoncé ainsi qu’un comité associant les administrations concernées, les universités et le syndicat. Le mot d’ordre de grève envisagé est suspendu. Cette séquence révèle un autre niveau de tension sociale dans les universités : aux revendications des enseignants-chercheurs s’ajoutent celles des personnels chargés de l’appui au fonctionnement des établissements.

Une crise qui dépasse les paiements

Sur le plateau de L’Arène, Pr Jean Calvin Aba’a Oyono, Président du Synes, élargit le débat aux priorités budgétaires consacrées à l’enseignement supérieur. « Il y a un véritable malaise dans les universités », affirme-t-il.

Pendant ce temps, certaines universités développent leurs propres espaces de concertation. À l’Université de Maroua, un cadre permanent de dialogue est instauré autour du Recteur, Pr Idrissou Alioum, avec notamment le Synes et d’autres organisations représentatives. À quelques jours de la rentrée académique du 5 octobre, deux dynamiques coexistent donc. Avec le Synes, le paiement avance mais la grève reste maintenue. Avec le Synapauc, le dialogue s’organise autour d’un chronogramme et d’un mécanisme de suivi.

Le Minesup doit ainsi gérer plusieurs revendications sociales à la fois. Pour les Enseignants-chercheurs, 9,696 milliards de Fcfa restent à régler selon l’état actualisé présenté le 18 septembre. Pour les personnels d’appui, plusieurs milliards de rappels et d’incidences salariales sont également au cœur des discussions.

Depuis le 3 septembre, les paiements ont progressé, les rencontres se sont multipliées et certains dossiers ont avancé. Mais dans le principal bras de fer, celui qui oppose le Minesup au Synes, la sortie de crise reste suspendue au règlement des sommes revendiquées et aux garanties attendues par le syndicat.

JPB

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