SANTE ET SECURITE AU TRAVAIL : comment protéger les Travailleurs du secteur informel

Au Cameroun, des millions de Travailleurs gagnent leur vie au prix de risques professionnels souvent ignorés, faute de moyens et de protection sociale. Réunis à Douala, du 14 au 15 octobre 2026, dans le cadre du 5ᵉ Congrès scientifique international de la Société camerounaise de sécurité et santé au travail (Scsst), experts et décideurs ont exploré des solutions adaptées aux réalités locales. Evocation.

Comment protéger l’Artisan, la Vendeuse de marché, le Coiffeur, le Mécanicien ou le Travailleur agricole contre les accidents et les maladies liés à leur activité ? C’est l’un des défis majeurs au cœur des réflexions du 5ᵉ Congrès scientifique international de la Scsst, organisé à Douala sous le thème : « La pratique de la sécurité et santé au travail en contexte de faibles ressources ».
Présidée par le Dr Joseph Silvère Kaptué, Président exécutif de la Scsst, cette rencontre a mobilisé environ 350 participants venus de 18 pays, autour de dix sous-thèmes et de 90 communications scientifiques. La Pr Carole Else Eboumbou Moukoko, Doyenne de la Faculté de médecine et des sciences pharmaceutiques de l’Université de Douala et Présidente du Comité d’organisation, a également pris part à cette mobilisation scientifique.
Des chiffres qui interpellent
Le diagnostic est préoccupant : sur quelque 15 millions de travailleurs au Cameroun, près de 12 millions exercent dans le secteur informel, pour seulement 105 Médecins spécialistes en santé au travail, selon les chiffres présentés par le Dr Kaptué. Une disproportion qui expose une large partie de la population active à des risques insuffisamment prévenus et à une couverture sociale limitée.
Pour le Président de la Scsst, l’heure n’est plus à la reproduction mécanique de modèles conçus ailleurs. Il faut développer des solutions endogènes, abordables et adaptées aux réalités économiques et professionnelles du pays. La faiblesse des ressources ne saurait devenir une fatalité ni justifier l’abandon des Travailleurs à leur sort.
Prévenir autrement, agir collectivement
Les échanges ont mis en évidence plusieurs leviers prioritaires : renforcer la sensibilisation aux risques professionnels, développer la formation pratique, mutualiser les moyens de prévention et rapprocher les services de santé au travail des Travailleurs éloignés des structures classiques. La fabrication locale d’équipements de protection adaptés, le recours à des unités mobiles et la simplification des outils de suivi figurent parmi les pistes défendues au cours des discussions.
Dr Bruno Alain Richard Eyoum Doualla, Directeur de la santé et de la sécurité au travail au ministère du Travail et de la Sécurité sociale (Mintss), a souligné la nécessité d’améliorer le dispositif national, notamment par l’actualisation des textes réglementaires et le renforcement de la culture de prévention. La mobilisation des pouvoirs publics doit ainsi s’accompagner d’une collaboration plus étroite avec les organisations professionnelles, les collectivités, les acteurs sanitaires et les partenaires sociaux.
La Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps) a également sa place dans cette dynamique : étendre l’information sur les mécanismes de protection, faciliter l’accès aux dispositifs existants et promouvoir des formes de solidarité permettant de mieux couvrir les travailleurs vulnérables constituent des enjeux essentiels.
La Déclaration de Douala attendue comme feuille de route
Au-delà des constats, les travaux ont vocation à déboucher sur une Déclaration de Douala destinée à orienter les actions futures. Les priorités qui ressortent des débats appellent à mieux financer la prévention, renforcer les compétences nationales, améliorer la collecte des données sur les accidents et maladies professionnels, promouvoir le dialogue social et intégrer les risques psychosociaux dans les politiques de santé au travail.
La protection des femmes exerçant dans l’économie informelle, souvent confrontées à la pénibilité et à des risques spécifiques, doit également être prise en compte. L’efficacité de ces orientations dépendra toutefois de leur traduction en mesures concrètes, assorties de responsabilités clairement définies et d’un suivi régulier.
Du congrès au terrain, le véritable test
Pourquoi cette mobilisation est-elle décisive ? Parce qu’un accident évitable peut détruire une activité, fragiliser une famille et alourdir les dépenses de santé. Protéger les travailleurs informels, c’est donc défendre simultanément la dignité humaine, la productivité et la justice sociale.
Le défi est désormais de transformer les recommandations scientifiques en actions mesurables. À Douala, le message est clair : la santé et la sécurité au travail doivent dépasser les murs des entreprises formelles pour atteindre chaque lieu où des femmes et des hommes travaillent. Le succès de ce congrès se jugera moins à la portée de ses discours qu’aux vies effectivement protégées.
Benjamin Tasse



