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 VICTORY UNIVERSITY INTERNATIONAL : les non-dits d’une annulation de soutenance de thèse de Doctorat/PhD

Une défense des travaux organisée à Yaoundé le 29 septembre 2026, un reportage diffusé à la Crtv le 3 octobre, puis un communiqué du Minesup déclarant la soutenance « nulle et de nul effet » le 6 octobre, le tout pour relancer la question du contrôle des structures privéés dans l’enseignement supérieur ..

Le 29 septembre 2026, une soutenance de thèse de Doctorat/PhD en Business Administration se tient à Yaoundé. Le candidat, Pierre Nkou Abina, présente son travail devant un jury dans le cadre d’une cérémonie organisée par « Victory University International ». Quatre jours plus tard, l’événement fait l’objet d’un reportage au journal bilingue de 19 h 30 de la Crtv Télé.

Le 6 octobre, la réaction du Minesup tombe. Dans un communiqué signé du Ministre d’État, Ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, la soutenance est déclarée « nulle et de nul effet ». Le motif tient au statut de la structure organisatrice : « Victory University International » ne figure pas au registre des institutions d’enseignement supérieur autorisées à exercer des activités académiques au Cameroun.

Le ministère va plus loin. Aucun diplôme délivré sur le territoire national par cette structure n’est reconnu par le Minesup. Le communiqué rappelle également que l’ouverture des programmes de Doctorat/PhD et le recrutement des étudiants dans ces formations relèvent de la régulation de la Commission nationale de la formation doctorale.

La mise au point concerne aussi les enseignants. Le Chancelier des Ordres académiques rappelle que leur participation, en présentiel ou par visioconférence, à un jury de soutenance organisé par un organisme non habilité, lorsqu’elle contribue à légitimer la cérémonie, constitue une violation de l’éthique et de la déontologie universitaires. Des sanctions sont prévues pour les contrevenants.

Combien d’Ipes au Cameroun ?

Le cas « Victory University International » ouvre une autre question : combien d’établissements privés d’enseignement supérieur sont effectivement autorisés à fonctionner au Cameroun ?

Les chiffres disponibles ne sont pas présentés de la même manière par les acteurs du secteur. Sur son portail, l’Association nationale des institutions privées d’enseignement supérieur (Anipes) avance le chiffre de près de 582 Ipes légalement autorisées, dont environ 300 fonctionnelles. Son répertoire en ligne recense, à ce jour, 541 établissements membres répartis dans les dix régions.

Ces données posent nécessairement la question de la correspondance entre le registre de l’autorité de tutelle et les répertoires constitués par les organisations professionnelles. Car derrière la bataille des chiffres se trouve une réalité plus concrète : celle des établissements qui ouvrent leurs portes, recrutent des étudiants, dispensent des enseignements et parfois délivrent des formations pendant plusieurs années.

Le communiqué du Minesup apporte, dans le cas de Victory University International, une réponse administrative précise : la structure ne figure pas dans le registre des institutions autorisées.

L’informel au cœur du système éducatif

La question dépasse alors le seul enseignement supérieur. Dans le secondaire, le Minesec publie lui aussi des répertoires d’établissements et des listes de structures non autorisées. Son dispositif d’immatriculation distingue les établissements régulièrement inscrits au Répertoire national des établissements d’enseignement secondaire et normal, avec leurs textes de création ou de transformation, leur type d’enseignement autorisé et leur numéro d’immatriculation.

Des établissements non autorisés continuent néanmoins d’apparaître dans les communications administratives. Le Minesec publie notamment des listes d’établissements auxquels certaines opérations liées aux examens sont interdites, avec les motifs et sanctions correspondants.

Le même constat appelle une interrogation dans l’enseignement de base, où des listes d’établissements dont l’activité est interdite sont également prévues par le dispositif réglementaire.

Dès lors, une question s’impose : comment une structure peut-elle s’installer comme établissement d’enseignement, accueillir des étudiants ou des élèves, organiser des formations pendant plusieurs années et fonctionner jusqu’à l’intervention des autorités compétentes ?

Le coût du retard du contrôle

Pour l’étudiant, le problème apparaît au moment où la reconnaissance du diplôme est mise en cause. Pour l’établissement, la question relève de son droit à exercer des activités académiques. Pour les enseignants, elle engage désormais la responsabilité éthique et déontologique lorsqu’ils participent à certaines activités organisées par des structures non habilitées.

Le cas « Victory University International » pose donc une question qui dépasse l’annulation d’une soutenance : comment empêcher qu’une activité académique non autorisée ne soit découverte après plusieurs années de fonctionnement, plutôt qu’au moment de son installation ?

Autre interrogation, plus sensible : lorsque les administrations publient régulièrement des listes d’établissements non autorisés, le problème réside-t-il seulement dans l’existence de ces structures ou aussi dans la capacité du système de contrôle à les détecter suffisamment tôt ?

Et lorsque les chiffres des établissements autorisés diffèrent selon les sources, qui tient finalement le décompte de référence ?

Autant de questions que l’annulation de la soutenance de Pierre Nkou Abina remet au premier plan, avec un enjeu immédiat : éviter que l’étudiant ne découvre le statut réel de son établissement au moment où son diplôme est censé consacrer plusieurs années de formation.

Jean Pierre BINELI

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