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TRANSPORT AEROPORTUAIRE : Taxigo au centre d’une menace de grève généralisée des transporteurs

La grève annoncée pour le 12 octobre par la Dynamique unitaire des syndicats des transports du Cameroun place le projet de modernisation du taxi aéroportuaire au cœur d’un bras de fer autour des conditions d’accès à l’activité et de l’avenir des Chauffeurs déjà en service

La tension monte dans le secteur du transport aéroportuaire. La Dynamique unitaire des syndicats des transports du Cameroun annonce une grève générale à compter du 12 octobre 2026. Les plateformes aéroportuaires figurent parmi les principaux points de crispation. Au centre des revendications : le projet Taxigo, porté par Alo Technologies Sarl en partenariat avec Aéroports du Cameroun (Adc S.A.).

Dans leur préavis daté du 7 octobre 2026, les organisations syndicales contestent les conditions dans lesquelles ce nouveau dispositif doit être déployé. Elles dénoncent notamment un modèle économique qui, selon elles, fragilise les professionnels déjà installés dans les aéroports Charles Essomba Onana, Président du Syndicat national des travailleurs du transport aérien, catering et activités connexes du Cameroun (Snttaac), résume la position syndicale : « Nous n’avons pas choisi ce préavis de grève, nous continuons de tendre la main à l’Adc. »

Le modèle Taxigo contesté

La contestation ne porte pas uniquement sur la digitalisation du service. Les syndicats reconnaissent la nécessité de moderniser le transport aéroportuaire, mais mettent en cause les modalités économiques proposées aux Chauffeurs. Simon Kengue Donfack, Vice-président national du Groupement des transporteurs terrestres du Cameroun, insiste sur ce point : « Nous ne sommes pas contre la digitalisation. Le problème, c’est le business model de l’opérateur, qui est basé sur le leasing. »

Le dispositif prévoit notamment la mise à disposition de véhicules dans un système de location avec option ou conditions d’accession à la propriété. Les organisations syndicales évoquent également une caution de 800 000 Fcfa et s’interrogent sur les conditions de récupération de la propriété des véhicules.

23,5 millions de Fcfa au cœur du désaccord

Le prix des véhicules constitue l’un des principaux points de friction. Les syndicats contestent l’écart entre le coût annoncé des véhicules et le montant qui serait supporté par les Chauffeurs dans le cadre du dispositif. Joseph Noel Biyoa, Vice-président national du Syndicat des conducteurs de transport urbain, interurbain et routier du Cameroun (Synctrapuircam), avance : « Alo Technologies vient avec des véhicules chinois de 10 200 000 Fcfa Ttc le véhicule, pour l’imposer aux transporteurs à 23 500 000 Fcfa. C’est excessif. » Au-delà du montant, les transporteurs veulent connaître précisément le contenu des contrats, les obligations financières, la durée du leasing et les conditions permettant aux Chauffeurs de devenir effectivement propriétaires des véhicules.

Les investissements des anciens Chauffeurs en question

La réforme intervient également dans un secteur où plusieurs Chauffeurs ont déjà investi dans leurs propres véhicules. Pour les organisations syndicales, la question du devenir de ces investissements reste entière. Beauclair Ngaakam, Président national du Syndicat national des transporteurs professionnels propriétaires urbains, interurbains et routiers du Cameroun, rappelle les efforts financiers consentis par les professionnels : « Nous avons au-delà de ça pris, à coup de dettes, des véhicules à des valeurs de sept à quinze millions de francs. »

Pour ces transporteurs, l’introduction de nouveaux véhicules ne peut donc pas être dissociée de la question de l’amortissement des investissements existants. Le risque dénoncé est celui d’un remplacement progressif des véhicules et, avec lui, d’une fragilisation de l’activité des Chauffeurs déjà présents sur les plateformes aéroportuaires.

Une concertation sous tension

Dans le cadre du déploiement de Taxigo, des Chauffeurs sont déjà concernés par des opérations de formation et de contractualisation. Les syndicats évoquent notamment 60 Conducteurs à Douala et 35 à Yaoundé. La situation place désormais Aéroports du Cameroun, Alo Technologies et les organisations syndicales devant un enjeu qui dépasse la seule digitalisation du taxi. Il s’agit de déterminer les conditions économiques d’accès au nouveau dispositif, mais aussi la place réservée aux professionnels qui exercent déjà leur activité sur les plateformes aéroportuaires.

À quelques jours du 12 octobre, le dialogue constitue donc le principal levier pour éviter que la modernisation du transport aéroportuaire ne se transforme en conflit social. La grève annoncée donne à cette concertation une échéance désormais très proche.

Jean Pierre Bineli

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