
Entre 2019 et 2025, 3 442 Enseignants des enseignements secondaires ont quitté le Cameroun tout en continuant pour la majorité à percevoir leurs salaires. Situation révélée dans un communiqué officiel qui les convoque dans un délai de deux semaines.
Le communiqué radio presse du 23 février 2026 a agi comme un coup de tonnerre dans le secteur éducatif. Le Minesec indique que « les Personnels ci-après désignés, identifiés lors de la collecte des données auprès des aéroports du Cameroun par le Minfi comme ayant effectué un voyage hors du pays pendant ces dernières années, sont invités à se présenter munis des pièces justificatives de leurs positions administratives actuelles ». Cette convocation concerne 3 442 Enseignants ayant quitté le territoire entre 2019 et 2025, alors même que nombre d’entre eux continuaient à figurer dans le fichier solde de l’État.
Le document est sans ambiguïté lorsqu’il précise que « faute de quoi les intéressés seront purement et simplement retirés du fichier solde de l’État ». Pour l’administration, il s’agit d’une opération de vérité destinée à distinguer les missions régulières des abandons de poste déguisés.
Des salaires fantômes dans un système sous pression
Le phénomène des Agents absents mais payés constitue l’un des principaux foyers de gaspillage budgétaire dans la fonction publique camerounaise. Le secteur des enseignements secondaires est particulièrement sensible, car il souffre déjà d’un déficit d’Enseignants dans les établissements publics, surtout en zones rurales. Pendant que certaines classes dépassent les soixante élèves, des salaires continuent d’être versés à des agents physiquement absents du territoire national.
Les audits antérieurs de la Cour des comptes et les rapports du Minfi ont régulièrement dénoncé l’insuffisance du croisement des bases de données administratives. L’actuelle opération s’appuie pour la première fois de manière systématique sur les fichiers des aéroports, afin de tracer les sorties prolongées du territoire.
La décision de convoquer les 3 442 Enseignants marque une étape importante dans la modernisation du contrôle des ressources humaines de l’État. Le communiqué précise que les concernés doivent se présenter «dans un délai de quatorze jours dès publication du présent communiqué, à la porte 507 bis du département ministériel ».
Lutte contre les irrégularités administratives
Cette démarche s’inscrit dans une logique de responsabilisation et de lutte contre les irrégularités administratives. Des sources internes indiquent que les Enseignants incapables de justifier leur position administrative risquent la radiation pure et simple du fichier solde, avec d’éventuelles poursuites pour perception indue de fonds publics. Le Minesec affirme vouloir restaurer la crédibilité de l’administration éducative et mettre fin à un système où l’absence devient invisible mais coûteuse pour l’État.
Au-delà de l’aspect disciplinaire, cette affaire met en lumière un malaise profond dans la profession enseignante. Les départs massifs vers l’étranger sont souvent expliqués par la recherche de meilleures conditions de vie, la lenteur des avancements et la faiblesse des salaires face à l’inflation. Des syndicats du secteur estiment que la sanction ne peut être l’unique réponse. Ils plaident pour une réforme structurelle du statut des Enseignants, une revalorisation des carrières et une amélioration des conditions de travail dans les établissements publics.
L’affaire des 3 442 Enseignants absents devient ainsi un révélateur d’une double crise. Une crise de gouvernance administrative et une crise d’attractivité du métier. En voulant assainir son fichier solde, l’État est désormais face à un défi plus large. Réconcilier discipline budgétaire et dignité professionnelle dans un système éducatif déjà fragilisé.
Ange Pouamoun



