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Violation des droits des Travailleurs : Le calvaire des Camerounais dans les entreprises étrangères

De Kribi aux sites miniers de l’Est, des ouvriers camerounais dénoncent des abus graves dans certaines entreprises étrangères, sur fond d’inaction et de silence des autorités. Evocation et témoignage de Syndicalistes.

À Bipaga, dans l’arrondissement de Kribi, l’implantation de l’entreprise Keda Cameroon Ceramics, spécialisée dans la fabrication de carreaux, est aujourd’hui au cœur d’un scandale social grandissant. Derrière les promesses d’emplois et de développement industriel, des Travailleurs décrivent un quotidien fait d’épuisement, d’humiliation et de privations. « Nous travaillons 12 heures pour un salaire minable, sans congés, sans permissions. Ils nous ont esclavagisés », écrit un Employé dans une correspondance poignante. « Nous donnons nos vies pour des gens qui nous prennent pour des animaux… Grand, nous en avons marre. ».

 Les témoignages concordent. Salaires dérisoires parfois versés après plusieurs mois, suppression de primes, notamment celle du transport estimé à 24.000 FCFA, bulletins de paie jugés « trafiqués », cotisations sociales irrégulières auprès de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps) et conditions de travail dangereuses sans équipements de protection individuelle. À cela s’ajoutent des logements insalubres.« Le camp des Employés pue, il n’y a ni eau ni lumière », dénonce un ouvrier.

Altercations à répétition

Dans ce climat de frustration, la relation entre Employeurs et Employés s’est profondément détériorée. À Yaoundé, une altercation sur un chantier situé à proximité du Palais polyvalent des sports a récemment illustré cette tension extrême. Un ouvrier camerounais, excédé par des impayés, a bagarré avec un responsable expatrié après un échange verbal tendu. À l’Est, un ouvrier a giflé un Chinois. La scène, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux, a choqué l’opinion. Elle n’est pourtant que la partie visible d’un malaise plus profond. D’autres vidéos circulent, montrant des Travailleurs camerounais maltraités, insultés ou confrontés physiquement à des superviseurs étrangers.

Ces incidents traduisent une rupture du dialogue social dans plusieurs entreprises. La barrière linguistique, l’absence de contrats formels et le non-respect des normes du travail aggravent les incompréhensions. « Il lui disait des mots difficiles à comprendre », rapporte un témoin de la scène, soulignant l’incapacité des deux parties à communiquer efficacement.

Des abus structurels jusque dans les mines de l’Est

Le cas de Bipaga s’inscrit dans une réalité plus large. Dans les régions minières de l’Est du Cameroun, plusieurs rapports d’organisations comme Organisation internationale du travail et Human Rights Watch, pointent des violations répétées des droits des Travailleurs dans des projets extractifs. Absence de contrats, non-respect des conventions collectives, exposition à des risques élevés sans protection adéquate, accidents de travail non pris en charge. Un ancien Employé de Keda raconte. « J’ai chuté en hauteur sur une plateforme où la chaleur atteint près de 85 degrés. J’ai payé moi-même mes soins. Il n’y a eu aucune prise en charge. » Les revendications des Travailleurs rejoignent celles déjà exprimées dans d’autres grands chantiers au Cameroun, notamment dans les secteurs du Btp et des mines. «Les Chinois maltraitent les Employés, c’est connu, et l’État ne fait rien. Allez voir dans les sites miniers, c’est encore pire », affirme un ancien Employé.

Un silence d’État qui interroge

Malgré la gravité des faits dénoncés, la réaction des autorités reste timide, voire inexistante. Les signalements à l’inspection du travail s’accumulent sans déboucher sur des sanctions visibles. Pire, certains Travailleurs évoquent des intimidations.« Ils ont déployé l’armée ce matin pour nous intimider », rapportent des Employés. La question d’une complicité implicite est désormais posée. « Tout ceci avec la complicité de nos responsables des ressources humaines et des autorités », accuse un ouvrier. D’autres dénoncent un système où les intérêts économiques prennent le pas sur les droits humains. Dans ce contexte, le sentiment d’abandon est profond. « Ainsi va la République… les hauts responsables ferment les yeux sur ces violations », déplore un témoignage. Au-delà des chantiers de Kribi ou des mines de l’Est, c’est l’image même du travail au Cameroun qui est en jeu. Entre violations des droits, silence administratif et tensions sociales, des milliers de Travailleurs continuent de subir, souvent dans l’indifférence générale. Le cri lancé depuis Bipaga résonne comme un avertissement, « nous sommes dans notre pays. Il faut que ça change !»

Ange Pouamoun

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