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Personnel de santé : Les Techniciens en pharmacie réclament leur statut

Le Collectif des Techniciens en pharmacie interpelle les autorités sanitaires sur l’absence de reconnaissance officielle de leur profession et plaide pour des réformes destinées à sécuriser le circuit du médicament et améliorer l’insertion professionnelle des diplômés.

Au Cameroun, la question de la reconnaissance professionnelle des Techniciens en pharmacie s’invite au cœur du débat sur les ressources humaines en santé. Dans un plaidoyer adressé aux autorités sanitaires, le Collectif des techniciens en pharmacie tire la sonnette d’alarme sur l’absence de statut clair pour ces professionnels pourtant formés pour assurer la gestion et la sécurisation du médicament au sein des formations sanitaires. Dans leur correspondance adressée au Ministre de la Santé publique, les signataires décrivent une situation qu’ils jugent préoccupante pour le système de santé national. « Nous, Techniciens en pharmacie formés et engagés au service de la santé publique au Cameroun, venons très respectueusement attirer votre haute attention sur une situation préoccupante touchant notre corps professionnel », écrivent-ils.

Les Techniciens rappellent qu’ils interviennent dans plusieurs maillons essentiels du circuit pharmaceutique, notamment dans les pharmacies hospitalières, la gestion des stocks de médicaments et l’appui aux Pharmaciens dans les formations sanitaires. Pourtant, leur place dans l’organisation du système sanitaire reste, selon eux, insuffisamment définie.

Dans leur plaidoyer, les Techniciens en pharmacie dénoncent l’absence de reconnaissance officielle de leur profession dans l’architecture du Personnel de santé. « À ce jour, les Techniciens en pharmacie ne bénéficient pas d’un statut clair, officiel et reconnu au sein du Personnel de santé, malgré le rôle essentiel que nous jouons dans le fonctionnement des pharmacies hospitalières et dans l’ensemble du circuit du médicament », déplorent-ils. Les Techniciens pharmaceutiques constituent pourtant un maillon intermédiaire important entre le Pharmacien et le patient. Ils participent à la préparation des médicaments, à leur distribution, à la gestion logistique et à la traçabilité pharmaceutique.

Au Cameroun, la régulation du secteur relève notamment du ministère de la Santé publique du Cameroun et de l’Ordre national des Pharmaciens du Cameroun, institutions chargées de veiller à la qualité de la dispensation des médicaments et au respect des normes pharmaceutiques.

Le paradoxe des diplômés sans emploi

Le collectif met également en lumière une incohérence structurelle du système de formation et d’emploi. Chaque année, plusieurs établissements de formation forment des Techniciens médico sanitaires – option sciences pharmaceutiques. Pourtant, leur intégration professionnelle demeure limitée. Les signataires soulignent ce paradoxe dans leur correspondance.« Les Techniciens en pharmacie et Agents en sciences pharmaceutiques sont formés en grand nombre chaque année dans notre pays, mais leur recrutement demeure extrêmement limité, comparativement à d’autres catégories de Personnels de santé ».

Cette situation, affirment-ils, crée un déséquilibre entre l’offre de compétences et les opportunités d’emploi. « Une main d’œuvre qualifiée abondante est laissée sans perspectives professionnelles réelles », déplore le collectif. Selon plusieurs rapports sur l’emploi des jeunes diplômés au Cameroun, ce phénomène touche plusieurs professions paramédicales, où les capacités de formation progressent plus rapidement que les politiques d’intégration dans la fonction publique et les structures privées de santé.

Au-delà des questions d’emploi, les Techniciens en pharmacie s’inquiètent également de la gestion du médicament dans certaines structures. Ils dénoncent la multiplication des propharmacies exploitées par des personnes sans formation pharmaceutique. Dans leur plaidoyer, ils alertent sur les risques pour la santé publique. « Nous observons avec inquiétude la prolifération des propharmacies souvent créées et exploitées par des personnes n’ayant aucune formation pharmaceutique reconnue ». Selon eux, cette situation fragilise la sécurité du circuit du médicament et expose les populations à des risques sanitaires. « Cette réalité expose gravement les populations à des risques liés à une mauvaise gestion du médicament », avertissent-ils. Dans plusieurs pays, la réglementation pharmaceutique exige que la dispensation des médicaments soit strictement encadrée par des professionnels formés, afin de prévenir les erreurs de dosage, les contrefaçons et les interactions médicamenteuses dangereuses.

Le collectif appelle à une réforme du système

Face à cette situation, le Collectif des Techniciens en pharmacie appelle les autorités sanitaires à engager des réformes structurelles. Les revendications portent notamment sur la reconnaissance officielle du métier, la protection de la profession contre son exercice par des personnes non qualifiées et l’intégration effective des Techniciens dans les politiques de recrutement. Le collectif insiste également sur les difficultés rencontrées par les diplômés pour accéder au stage de perfectionnement indispensable à l’exercice de la profession. « Nous faisons face à l’accès très limité voire au refus du stage de perfectionnement pourtant obligatoire pour l’exercice de la profession », soulignent-ils. Pour ces Professionnels, la reconnaissance de leur statut contribuerait à renforcer la qualité des soins et à sécuriser la gestion du médicament dans les formations sanitaires.

Dans leur appel aux autorités, les Techniciens en pharmacie résument l’enjeu de leur démarche. « Cette exclusion silencieuse constitue une perte considérable pour le système de santé camerounais. Elle fragilise le circuit du médicament et prive les populations d’un maillon essentiel de la sécurité sanitaire ». Au moment où le Cameroun poursuit ses réformes visant à améliorer la couverture sanitaire et la qualité des soins, le débat sur la place des Techniciens en pharmacie apparaît désormais comme un enjeu important pour l’efficacité et la fiabilité du système pharmaceutique national.

Ange Pouamoun

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