
Annoncée pour le 24 août par la plateforme des organisations socioprofessionnelles des transports routiers, la grève est finalement levée après 13 résolutions. Le secteur reste toutefois sous pression.
Le 24 août devait marquer l’entrée en grève des transporteurs routiers de marchandises. Le mot d’ordre, porté par la plateforme des organisations socioprofessionnelles des transports routiers du Cameroun, est finalement levé après une concertation marathon engagée la veille au ministère des Transports. La rencontre, présidée par le ministre Jean-Ernest Masséna Ngallé Bibéhé, réunit plusieurs membres du gouvernement, les administrations concernées et les organisations syndicales.
Derrière la suspension du mouvement, un secteur en quête d’un environnement professionnel plus stable. Les syndicats dénoncent les contrôles routiers jugés répressifs, les patrouilles mixtes devenues, selon eux, « un fonds de commerce », les pesées des camions-citernes, le racket et la maltraitance des chauffeurs. Ils pointent également le transport pour compte propre et l’état du réseau routier.
La tension était telle que les organisations du secteur ne parlaient pas toujours d’une seule voix. À la veille de la rencontre gouvernementale, Jean Paul Claude Noah, secrétaire général de l’Organisation patronale des syndicats des transporteurs et assimilés du Cameroun (OPSTAC), contestait la présence de certains acteurs aux négociations : « Il est inadmissible que nous appelons une grève et le ministre décide de discuter de cela avec ceux qui ne l’ont pas lancé. »
D’autres organisations avaient d’ailleurs choisi de se désolidariser du mouvement. À Ngaoundéré, Ibrahima Yaya, président du Groupement des transporteurs terrestres du Cameroun, affichait sa détermination : « Nous travaillerons le jour dit. Et toute personne qui touchera un de nos camions, affrontera la loi. » Ces divergences illustrent les fractures qui traversent le secteur, malgré des préoccupations communes sur les conditions d’exercice du métier.
Au terme des échanges, 13 résolutions permettent finalement de désamorcer la crise. Parmi les mesures fortes figure la suspension jusqu’à nouvel ordre de la délivrance de la licence S6, relative au transport pour compte propre, ainsi que la proposition d’une relecture du cadre réglementaire. Les contrôles des marchandises en transit devront désormais être concentrés sur les points conventionnels des corridors Douala-N’Djamena et Douala-Bangui.
Le gouvernement interdit également la perception d’amendes forfaitaires par les équipes de prévention routière du ministère des Transports. La relance du décret d’extension de la convention collective nationale du secteur est annoncée, tandis qu’un cadre de concertation doit être mis en place entre la SCDP, les ports de Douala et de Kribi et les organisations syndicales des chauffeurs.
Sur la question des conditions de travail, les autorités prennent aussi en compte les plaintes relatives aux tracasseries routières dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. La pesée des camions-citernes dans les stations de pesage doit cesser. Les contrôles de gabarit devront, eux, être effectués dans les stations appropriées, en présence des différentes administrations concernées.
À la sortie des négociations, le ton change. Sur les antennes de la CRTV, El Hadj Oumarou, coordonnateur général du Bureau de gestion du fret terrestre, salue la qualité des échanges : « C’est l’une des rares fois que nous tenons une réunion qui nous prend assez de temps. » Il assure que les conducteurs sont informés de l’apaisement et relève notamment la réduction des points de contrôle sur les corridors.
Un autre chantier reste ouvert : celui des infrastructures. Les transporteurs doivent transmettre aux pouvoirs publics une liste des points critiques du réseau routier afin d’accélérer leur réhabilitation. Une réponse qui touche directement à la productivité des entreprises de transport, mais aussi à la fluidité de l’approvisionnement des marchés.
La grève n’aura donc pas lieu. Mais le retour au travail ne signifie pas la fin du malaise. Le transport routier de marchandises demeure un maillon essentiel de l’activité économique, reliant ports, zones de production, marchés et corridors sous-régionaux. Pour les professionnels, l’enjeu est désormais de transformer les 13 résolutions en réalités concrètes. La paix sociale obtenue autour de la table devra ainsi se mesurer sur les routes.
Jean Pierre Bineli


