
Malgré les paiements annoncés par le Minesup, le Synes maintient sa grève illimitée.
Le bras de fer se poursuit entre le Ministère de l’Enseignement Supérieur (Minesup) et le Syndicat National des Enseignants du Supérieur (Synes). Malgré les annonces de paiement de la dette académique, le syndicat maintient son mot d’ordre de grève illimitée. La concertation tenue le vendredi 18 septembre n’a pas permis de refermer la crise qui perturbe le fonctionnement des universités publiques.
Dans son communique du 18 septembre, le Minesup annonce le paiement de 4 919 725 000 Fcfa au titre du deuxième trimestre 2026. Les opérations ont démarré auprès des banques de domiciliation des comptes des Enseignants-chercheurs. Pour ceux concernés par le paiement par unités de valeur, le billetage est annoncé à partir du 23 septembre. Le Ministère précise que les opérations se poursuivront conformément au plan de programmation des dépenses arrêté par le Ministre des finances, en fonction des disponibilités de l’Etat. Le communiqué fait également état de 7,294 milliards de Fcfa déjà payés sur une dette académique évaluée a 16,959 milliards, soit 43 % d’apurement.
Vendredi 18 septembre, une concertation sans sortie de crise
Le vendredi 18 septembre, le Pr Jacques Fame Ndongo, ministre d’état, ministre de l’enseignement supérieur, et la délégation du synes se retrouvent autour de la table de concertation. Les échanges portent sur le calendrier des paiements et les éléments à communiquer à la base syndicale. Lorsque la question des nouvelles échéances est abordée, la secrétaire générale du bureau exécutif national du synes, la Pr Jeannette Wogaing Fotso, exprime ses réserves. « S’il faut sortir d’ici et proposer d’autres dates à la base, je crois que nous serons nous-mêmes en danger parce que nous n’avons pas d’éléments qui nous permettent de sortir d’ici », déclare-t-elle.
Le Ministre rappelle alors la répartition des responsabilités dans l’exécution des paiements : « nous sommes au Ministère de l’Enseignement Supérieur. Et là-bas, c’est eux qui payent », indique-t-il en désignant le Ministère des Finances. Le Minesup renvoie ainsi à la programmation arrêtée par le Ministère des Finances, tandis que le Synes attend des éléments suffisamment précis sur les prochaines échéances.
La réunion s’acheve sans annonce de levée de la grève. Aucune des deux parties n’accorde d’interview aux médias a l’issue des échanges. Ni le Minesup ni le Synes ne livre publiquement sa lecture de la rencontre. Le désaccord reste ainsi entier sur les conditions permettant de convaincre la base syndicale de reprendre les enseignements.

Les paiements ne suffisent pas
Cette position du Synes trouve un autre éclairage dans les déclarations de son Président, le Pr Jean Calvin Aba’a Oyono, invité le dimanche 20 septembre dans l’émission l’Arène sur canal 2. Interrogé sur les difficultés financières avancées pour expliquer les retards de paiement, l’Universitaire questionne les choix budgétaires de l’Etat : « qui dit qu’il n’y a pas d’argent dans ce pays ? »
Il cite notamment les moyens mobilisés pour certains évènements pour illustrer son propos. « Quand c’est pour le pape et autres on trouve de l’argent facilement », affirme-t-il, en évoquant également les ressources consacrées aux Lionnes Indomptables. Une intervention qui prolonge le débat engagé autour de la dette académique : pour le Président du Synes, l’enjeu dépasse le seul calendrier des paiements et touche également aux priorités accordées au financement du travail universitaire.

Le 20 septembre, le Bureau Exécutif National du Synes réaffirme d’ailleurs le maintien du mot d’ordre de grève illimitée. Le syndicat prend acte des paiements annoncés et de la reprise du dialogue, mais maintient ses exigences autour de la matérialisation des engagements et du suivi de la dette académique.
Les paiements du deuxième trimestre doivent se poursuivre jusqu’au 30 septembre. Leur effectivité constitue désormais le prochain point d’attention dans ce bras de fer. Pour le Minesup, la programmation financière se poursuit en fonction des disponibilités de l’Etat. Pour le Synes, la question reste celle de la concrétisation des engagements et des garanties à apporter aux Enseignants-chercheurs. Entre les deux positions, la crise demeure ouverte et les Universités publiques restent sous la pression du mouvement de grève.
Jean Pierre Bineli




