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DETTE ACADEMIQUE : le SYNES maintient la pression sur le gouvernement

Le Synes ( Syndicat National des Enseignants du Supérieur ) réclame le paiement intégral de ses droits avant toute levée du mot d’ordre de grève. Face aux 6,3 milliards de Fcfa déjà annoncés par l’État, son président estime que les enseignants ne peuvent plus continuer à travailler sans être payés.

La crise déborde désormais jusque dans les rangs du syndicat. Le 13 septembre, le Bureau exécutif national du Synes sanctionne deux de ses responsables après leur participation à la concertation convoquée par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, alors que le syndicat avait décidé de ne pas y prendre part. Le Pr Ngam Confidence Chia, Secrétaire général Adjoint, est suspendu de ses fonctions avec effet immédiat, dans l’attente d’une procédure d’exclusion. Le Pr Abangma James Arrey, Coordonnateur du Synes à l’Université de Buea, est pour sa part destitué pour « manquement grave à la discipline et à l’éthique ». Le Pr Lang Michael, Coordonnateur à l’Université de Bamenda, conserve en revanche ses fonctions après avoir fourni des explications. Ces sanctions illustrent le durcissement de la ligne défendue par la direction du Synes. Dans ce contexte de tensions internes et de bras de fer avec le gouvernement, son Président, le Pr Jean-Calvin Aba’a Oyono, assume le maintien de la grève et fixe une condition claire à sa levée.

« Payez-nous, on lève la grève »

Invité dimanche 13 septembre dans l’émission La Vérité en face sur Équinoxe Télévision, le Pr Jean Calvin Aba’a Oyono, Président du Synes, défend le maintien du mouvement. Pour lui, la question est d’abord celle du paiement d’un travail déjà effectué. « Nous disons ceci : on nous paie l’intégralité de la dette académique, on nous paie l’intégralité de la prime spéciale jusqu’à la date échue, on lève le mot d’ordre de grève. »

Le Responsable syndical récuse ainsi l’idée selon laquelle les enseignants sacrifieraient volontairement la formation des étudiants. Il estime que le blocage trouve son origine dans les impayés accumulés par l’État. « C’est l’État qui ne nous paye pas. C’est l’État qui est responsable de cette situation. C’est l’État qui agit et nous ne faisons que réagir. »

À ceux qui mettent en avant les conséquences de la grève sur les étudiants, Aba’a Oyono oppose donc la question des conditions de travail des enseignants. Il évoque notamment l’absence de bureaux et de sanitaires dans certaines universités, estimant que le débat ne peut pas se limiter à la continuité des enseignements sans considérer les conditions dans lesquelles ceux-ci sont dispensés. « Ce n’est pas de gaieté de cœur que nous voyons nos enfants ne pas aller à l’école, mais il faut assurer le juste équilibre. Payez-nous ! »

6,3 milliards déjà payés, mais 9,1 milliards restent dus

Le gouvernement soutient pourtant avoir déjà engagé une partie importante des règlements. Selon les données communiquées le 11 septembre par le ministère de l’Enseignement Supérieur, 41 % des 15,498 milliards de FCFA correspondant à la dette académique accumulée entre 2000 et 2021 dans huit universités d’État ont été payés, soit environ 6,35 milliards de FCFA. Le reliquat avoisine donc 9,14 milliards. Les paiements doivent se poursuivre en fonction des disponibilités de trésorerie.

Sur l’allocation spéciale pour la modernisation de la recherche universitaire, le gouvernement affirme également avoir entièrement payé les 16 milliards de FCFA correspondant à l’exercice 2025. Pour le premier trimestre 2026, le taux de paiement annoncé atteint 82 %, avec un solde de plus d’un milliard de FCFA en cours de règlement.

Le problème se situe donc désormais dans l’écart entre les paiements annoncés par l’État et l’exigence syndicale d’un règlement intégral avant la reprise des enseignements.

Le gouvernement va-t-il changer de rythme ?

Le bras de fer intervient aussi sur le terrain du dialogue social. Après la réunion du 11 septembre, à laquelle le Synes affirme ne pas avoir participé en tant qu’organisation, le Ministre d’État Jacques Fame Ndongo a assuré le 13 septembre être disposé à recevoir le syndicat pour examiner ses revendications et les mesures prises par le gouvernement.

Cette main tendue suffira-t-elle à désamorcer la crise ? Le gouvernement peut-il proposer un calendrier suffisamment précis pour solder les quelque 9,1 milliards de Fcfa encore dus et répondre aux autres revendications du Synes ? Surtout, quelle réponse entend-il apporter à la demande d’un paiement intégral formulée par les enseignants avant la levée de la grève ?

À quelques semaines de la rentrée universitaire, c’est désormais moins le principe du dialogue qui est en question que sa capacité à produire des engagements concrets et un calendrier de paiement crédible.

Jean Pierre Bineli

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