
L’initiative de l’Honorable Françoise Puene sur la question de la recherche de parrains au concours du barreau provoque une réaction ferme de l’Ordre des Avocats, qui dénonce une dérive et rappelle les règles strictes encadrant le parrainage professionnel.
Depuis l’annonce du concours d’accès au stage d’avocat, une publication attribuée à l’honorable Françoise Puene a largement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant débats et interrogations dans le milieu juridique. Dans ce message, elle affirmait vouloir venir en aide aux candidats en difficulté pour obtenir une lettre de parrainage. « Depuis l’annonce du concours du barreau, je me suis aperçue que nombre de potentiels candidats peinent à cocher la case parrainage. À cet effet, je me suis engagée à mettre à contribution des cabinets d’Avocats pour faciliter cette exigence cruciale », écrivait-elle, avant d’ajouter que les candidats pouvaient lui adresser leurs demandes « à déposer dans les plus brefs délais à l’hôtel Franco de Yaoundé ».
Cette initiative, perçue par certains comme un geste de solidarité, a toutefois été considérée par le corps des avocats comme une intrusion dans un mécanisme strictement professionnel et réglementé. Face à cette situation, l’Ordre des Avocats au Barreau du Cameroun a publié un communiqué officiel pour dénoncer ce qu’il qualifie de dérive. Le document précise que «l’Ordre des Avocats au Barreau du Cameroun s’insurge avec la dernière énergie et condamne cette intrusion tapageuse dans un corps de métier réglementé par la loi et les règles séculaires ».
Forte demande d’accès à la profession d’Avocat
Le Bâtonnier rappelle que le parrainage ne saurait être assimilé à une formalité administrative banale ni à un service offert par des tiers extérieurs à la profession. Cette sortie publique intervient dans un contexte où la demande d’accès à la profession d’Avocat est en forte hausse, conséquence directe de la croissance du nombre de diplômés en droit et de la rareté des opportunités dans la fonction publique.
Dans son communiqué, le Bâtonnier insiste sur la nature même du parrainage. « Un parrainage est un mécanisme d’accompagnement professionnel à travers lequel un avocat expérimenté s’engage à guider, conseiller, former et soutenir un stagiaire pendant la durée du stage », précise le texte. Il souligne qu’« il ne s’agit donc pas d’un acte sporadique ou commercial et encore moins d’un artifice aux mains des politiciens ». Cette clarification vise à rappeler que la relation entre le maître de stage et le stagiaire repose sur la confiance, la proximité professionnelle et le respect des règles déontologiques. Le parrainage constitue ainsi une étape essentielle dans la formation pratique du futur avocat, qui doit être intégré dans un cabinet reconnu par l’Ordre et soumis à un suivi rigoureux.
Avertissements et protection de la profession
L’Ordre des Avocats a également mis en garde les candidats et les praticiens contre toute tentative de contournement des règles. Le communiqué indique que «les dossiers contenant des attestations d’existence de cabinets non répertoriés dans les registres de l’Ordre, accompagnées de procès-verbaux d’inspection et de plans de localisation, seront systématiquement rejetés ». Plus sévère encore, le Bâtonnier avertit que tout Avocat qui se prêterait à cette pratique s’exposerait à des poursuites disciplinaires. Cette position traduit la volonté de préserver la crédibilité du concours et la dignité de la profession, dans un environnement où les réseaux sociaux tendent à brouiller la frontière entre initiative individuelle et procédures institutionnelles.
En réaffirmant ces principes, l’Ordre entend protéger les candidats sérieux et garantir que l’accès au stage d’avocat demeure fondé sur des critères professionnels, et non sur des circuits parallèles. Cette controverse révèle ainsi les tensions croissantes entre l’engagement politique, l’influence numérique et l’autonomie des corps professionnels, dans un pays où la justice reste un pilier essentiel de l’État de droit.
Ange Pouamoun



