
Au Cameroun, des secteurs entiers comme la publicité, l’infographie et le journalisme subissent déjà l’impact de l’Intelligence artificielle (IA), avec des pertes économiques et humaines de plus en plus visibles. Evocation.
L’intelligence artificielle redessine silencieusement le marché de l’emploi au Cameroun. Si elle promet des gains de productivité et de nouvelles opportunités, elle fragilise en parallèle des milliers de Travailleurs dans des secteurs clés. Selonl’Organisation internationale du travail (Oit), près d’un emploi sur quatre dans le monde est exposé à une transformation liée à l’IA générative. Une mutation globale qui n’épargne pas les économies africaines, où la digitalisation entraîne déjà la disparition progressive de certaines tâches humaines.
Dans les agences de communication à Douala et Yaoundé, la révolution est palpable. c capables de générer visuels, slogans et campagnes complètes réduisent drastiquement le recours aux Graphistes et autres Créatifs.« Avant, je pouvais gagner jusqu’à 300.000 FCFA par mois avec les commandes. Aujourd’hui, certains clients préfèrent payer 10.000 FCFA pour un visuel généré automatiquement », témoigne Jean Boris T., Infographiste.
Une chute de revenus estimée à plus de 70 % en deux ans. Dans la publicité, les pertes sont également significatives. Plusieurs agences reconnaissent avoir réduit leurs équipes créatives. Une agence de la place confie anonymement avoir économisé près de 5 millions de FCFA par an en remplaçant certaines prestations humaines par des outils numériques.
Le journalisme sous pression technologique
Le secteur des médias est lui aussi bouleversé. Des logiciels sont désormais capables de rédiger des articles, résumer des informations et produire des contenus audio visuels en quelques secondes. « On nous demande aujourd’hui de produire plus vite avec moins de moyens. Certains médias utilisent déjà des outils d’IA pour écrire des dépêches. Cela réduit les opportunités pour les jeunes Journalistes », explique Moustapha Bachirou, Journaliste Pigiste.
Selon des experts du secteur, cette automatisation pourrait entraîner une baisse des revenus des Pigistes pouvant atteindre 30 à 50 %. Une tendance confirmée par des études internationales qui montrent que les emplois de bureau et de production de contenu sont parmi les plus exposés.
Autre domaine touché, le montage de projets et la rédaction administrative. Des plateformes intelligentes permettent désormais de générer automatiquement des business plans, des rapports et des dossiers de financement. «Avant, un dossier pouvait coûter entre 200 000 et 500.000 FCFA. Aujourd’hui, certains clients utilisent des outils en ligne et ne viennent plus vers nous », explique Marthe Kuate, consultante en montage de projets.
Cette évolution s’inscrit dans une tendance globale où les tâches répétitives et analytiques sont de plus en plus automatisées. Le Fonds monétaire international (Fmi) alerte d’ailleurs sur le fait que jusqu’à 60 % des emplois pourraient être impactés dans certaines économies. Au Cameroun, l’impact économique reste difficile à chiffrer avec précision, mais les premières estimations évoquent des pertes cumulées de plusieurs milliards de FCFA dans les secteurs créatifs et de services sur les prochaines années.
Appel à nuancer
Pourtant, les experts appellent à nuancer. L’intelligence artificielle ne détruit pas uniquement des emplois, elle en transforme également. Elle crée de nouveaux besoins en compétences dans les domaines du numérique, de la data et de la cybersécurité. Selon certaines projections, l’IA pourrait générer des milliers de milliards de dollars dans l’économie mondiale d’ici 2030. Mais pour les Travailleurs camerounais, l’urgence est immédiate. Se former, s’adapter ou disparaître.
Comme le résume un jeune communicant à Douala, « l’IA ne va pas remplacer tout le monde, mais ceux qui ne s’adaptent pas seront remplacés par ceux qui l’utilisent ». Dans ce bouleversement, le Cameroun se retrouve face à un choix stratégique. Subir la révolution technologique ou en faire un levier de transformation économique et sociale.
Ange Pouamoun



