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ÉCLATEMENT DU DISPOSITIF SOUS-REGIONAL DE L’Oit : L’Ucst-Ac exprime ses inquiétudes

Réunis à Ebolowa du 31 juillet au 2 août 2026, les dirigeants des confédérations syndicales des travailleurs des pays d’Afrique centrale ont examiné les principaux défis du monde du travail dans la sous-région, notamment la nouvelle configuration du dispositif régional de l’Organisation internationale du Travail (Oit).

Organisée sous les auspices de l’Union des confédérations syndicales des travailleurs d’Afrique centrale (Ucst-Ac), la rencontre a réuni plusieurs organisations syndicales, venues principalement du Cameroun, du Gabon, de la République centrafricaine et du Tchad. Côté camerounais, ont notamment pris part les confédérations syndicales les plus représentatives, dont l’Union générale des travailleurs du Cameroun (Ugtc), conduite par son président, Isaac Bissala, et la Confédération syndicale des travailleurs du Cameroun (Cstc), présidée par Abraham Baboulé.

« Pourquoi disperser ce qui fonctionnait ? »

Placée sous le thème « Unité et revitalisation des syndicats d’Afrique centrale », la rencontre était présidée par Yannick Gousse, Délégué régional du Travail et de la Sécurité sociale pour le Sud, représentant personnel du ministre.

La nouvelle configuration du dispositif de l’OIT en Afrique centrale constitue une préoccupation majeure pour les participants. Le dispositif qui regroupait jusqu’ici, à Yaoundé, onze pays d’Afrique centrale est désormais éclaté entre plusieurs pôles, notamment le Congo et l’Angola.

Pour les syndicats, il ne s’agit pas d’une simple réorganisation administrative. Elle pose une question essentielle : quel dispositif régional pour accompagner efficacement les travailleurs d’une Afrique centrale confrontée à des problèmes qui dépassent les frontières nationales ?

Mobilité professionnelle, migration, protection sociale, emploi des jeunes, travail informel, sécurité et santé au travail nécessitent, selon eux, une coordination régionale forte et un interlocuteur clairement identifié.

Les syndicats redoutent qu’en dispersant les responsabilités, l’action de l’OIT perde en cohérence, en proximité et en efficacité. La question est particulièrement sensible pour les travailleurs migrants. Un Camerounais employé au Congo ou un Congolais travaillant au Cameroun ne devrait pas voir ses droits sociaux remis en cause en franchissant une frontière.

La portabilité des droits sociaux en question

La portabilité des droits sociaux apparaît ainsi comme un chantier prioritaire de la coopération syndicale sous-régionale. Contrats de travail, salaires impayés, couverture sociale ou récupération des cotisations acquittées dans un pays d’accueil restent problématiques.

Pour les participants, la libre circulation des personnes ne peut donc être dissociée de celle des droits sociaux. Une intégration économique sans intégration sociale risque de laisser les travailleurs au bord du chemin.

La question des cotisations sociales et syndicales a également retenu l’attention. Qui doit assurer leur retenue ? Quel mécanisme doit encadrer leur collecte ? Qui doit les gérer et selon quelles règles de transparence et de contrôle ? Autant d’interrogations qui renvoient à une exigence plus large : sécuriser les ressources destinées à la protection et à la représentation des travailleurs.

Pouvoir d’achat et travail décent

Les débats ont également porté sur les préoccupations quotidiennes des travailleurs : pouvoir d’achat, emploi décent, précarité, chômage des jeunes, informalité, sécurité sociale, conventions collectives et dialogue social.

Au Cameroun, ces questions prennent une résonance particulière. Isaac Bissala, Président de l’Ugtc, a régulièrement interpellé les pouvoirs publics sur la protection sociale et les droits des travailleurs. À Ebolowa, ces préoccupations nationales ont été replacées dans une perspective sous-régionale : l’intégration économique de l’Afrique centrale ne peut être durable sans véritable intégration sociale.

Bilan, révision des textes et nouveau bureau

Au plan du fonctionnement interne de l’organisation, les travaux ont également permis de présenter et d’examiner le bilan, de procéder à la révision des statuts et du règlement intérieur, puis de renouveler le bureau exécutif.

À l’issue de ce processus, Léon Mébiane, du Gabon, a été élu Président, tandis qu’Isaac Bissala, du Cameroun, a été porté au poste de Secrétaire général. Cette nouvelle équipe entend donner une impulsion nouvelle à l’action de l’Ucst-Ac et renforcer la coordination syndicale en Afrique centrale.

Une voix syndicale plus forte

Au terme des travaux, les confédérations ont insisté sur le renforcement de la coordination syndicale sous-régionale, la défense d’un dispositif régional efficace de l’Oit, une meilleure implication des partenaires sociaux dans les décisions relatives au travail et à la protection sociale, ainsi que le renforcement du dialogue social.

L’Ucst-Ac entend consolider son rôle de plateforme de coordination. Une rencontre avec l’Organisation des syndicats des travailleurs d’Afrique centrale (Ostac), avec le concours du Bureau international du Travail (Bit), est envisagée afin de favoriser une synergie et de renforcer l’unité d’action syndicale en Afrique centrale.

Ebolowa, un avertissement

Au-delà de la réunion syndicale, Ebolowa aura révélé un malaise : celui d’un mouvement syndical qui refuse de voir l’Afrique centrale traitée comme une juxtaposition de marchés du travail nationaux, alors que les réalités économiques et sociales sont de plus en plus régionales.

Le message adressé à l’Oit est clair : l’Afrique centrale a besoin d’un dispositif régional suffisamment fort pour répondre à des problèmes régionaux. Aux États d’Afrique centrale, les syndicats rappellent que l’intégration communautaire ne saurait se limiter aux questions monétaires, commerciales et douanières. Elle doit également protéger ceux qui créent la richesse.

Aux syndicats enfin, Ebolowa impose une exigence : dépasser les divisions et parler davantage d’une seule voix. Car une Afrique centrale économiquement intégrée mais socialement fragmentée ne saurait garantir durablement les droits de ses travailleurs.

MondePro

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