
Avec 4 910 salariés recensés au 30 juin 2026, Hévécam SA s’installe au deuxième rang des Employeurs du Cameroun derrière l’État. Une performance qui consacre le poids de cette agro-industrie dans l’économie nationale, mais aussi la diversité des métiers et des compétences qui font tourner son vaste dispositif de production.
Le symbole est fort. Pendant des années, la Cameroon development corporation (Cdc) a occupé la deuxième marche du podium des plus grands Employeurs du Cameroun, derrière la Fonction publique. Le rapport de force évolue désormais. Avec 4 910 Collaborateurs, Hévécam devient l’un des principaux pourvoyeurs d’emplois formels du secteur privé camerounais.
Ce basculement ne constitue pas qu’une statistique. Il traduit la vitalité d’un modèle agro-industriel fondé sur une chaîne intégrée, allant de la plantation de l’hévéa à la transformation industrielle du latex et du caoutchouc naturel.
Une usine, des plantations et un savoir-faire technologique
Implantée à Niété, dans la région du Sud, Hévécam dispose d’un vaste patrimoine hévéicole et d’un outil industriel spécialisé dans la transformation du latex. L’entreprise produit du caoutchouc naturel destiné notamment aux marchés internationaux et dispose d’une capacité de production annoncée autour de 27 000 tonnes par an, avec l’ambition de la porter à 32 000 tonnes.
Cette intégration explique en partie la puissance de son dispositif humain. La plantation alimente l’usine ; l’usine transforme la matière première ; les laboratoires assurent les contrôles ; les équipes de maintenance garantissent la disponibilité des équipements ; la logistique organise les flux et l’administration coordonne l’ensemble.
Hévécam ne se résume donc pas aux seuls saigneurs d’hévéa. Derrière chaque tonne de caoutchouc se trouvent des métiers agricoles, industriels et administratifs : production et entretien des plantations, collecte du latex, transport, transformation, maintenance mécanique et électrique, laboratoire, contrôle qualité, environnement, sécurité, informatique, santé, ressources humaines, finances et administration.
4 910 salariés : une véritable pyramide professionnelle
La force d’Hévécam réside aussi dans la diversité de son personnel. L’effectif couvre toute la pyramide professionnelle : Manœuvres, Ouvriers et Employés des catégories I à VI ; Agents de maîtrise et Techniciens des catégories VII à IX ; Techniciens supérieurs, Cadres et Ingénieurs des catégories X à XII. Autrement dit, l’entreprise rassemble aussi bien la main-d’œuvre directement affectée aux plantations que les compétences techniques nécessaires au fonctionnement d’un complexe industriel moderne.
Cette diversité donne à Hévécam un profil d’employeur particulier : l’entreprise crée des emplois agricoles, mais aussi des emplois industriels qualifiés. Son impact dépasse par ailleurs les 4 910 emplois directs, avec une importante activité induite dans le transport, le commerce, la sous-traitance et les services autour de Niété.
26 Délégués pour porter la voix des Travailleurs
Cette masse salariale implique également une représentation du personnel à la hauteur de l’effectif. Le nouvel arrêté du 1er octobre 2025 fixant les modalités des élections des Délégués du Personnel prévoit six titulaires et six suppléants entre 501 et 1 000 Travailleurs, puis un titulaire et un suppléant par tranche supplémentaire de 500 Travailleurs. À 4 910 salariés, le dispositif correspond donc à 13 délégués titulaires et 13 suppléants, soit 26 représentants du personnel.
Les élections organisées le 13 janvier 2026 ont été suivies de l’installation des élus le 5 mars 2026 à Niété, confirmant la volonté affichée de maintenir le dialogue social au sein de l’agro-industrie.
Le paysage syndical d’Hévécam s’inscrit dans une tradition ancienne de pluralisme. Des travaux consacrés à la plantation documentent notamment la présence de l’Union des syndicats libres du Cameroun (Uslc) et de Force ouvrière (FO) parmi les organisations actives auprès des travailleurs. Les grandes centrales camerounaises intervenant dans le secteur agricole comprennent notamment la Cstc, l’Uslc, l’Ugtc et la Csac.
Cette représentation constitue un enjeu majeur pour une entreprise de cette taille. Les délégués ne sont pas seulement des porte-voix : ils sont au cœur des discussions sur les conditions de travail, les carrières, les salaires, la sécurité et la protection sociale. Les tensions sociales survenues fin 2025, autour notamment des gratifications, des avancements et des cotisations sociales, ont d’ailleurs rappelé l’importance du dialogue social dans cette entreprise.
La Cdc, victime collatérale de la crise anglophone
La montée d’Hévécam intervient alors que la Cdc, longtemps deuxième employeur du pays, continue de payer un lourd tribut à la crise sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. La société revendiquait encore 14 456 travailleurs en 2021 et avait dépassé les 20 000 employés avant la crise. Mais les destructions d’infrastructures, les attaques contre les travailleurs et l’interruption de plusieurs activités ont considérablement réduit ses capacités. Ses effectifs étaient tombés à 5 518 travailleurs en janvier 2024.
Le contraste est saisissant : pendant que la crise a amputé l’appareil productif de la Cdc et son rôle historique de grand employeur, Hévécam consolide ses effectifs et son outil industriel à Niété.
Derrière l’État, le privé peut-il prendre le relais ?
Avec 4 910 salariés, Hévécam reste évidemment très loin de l’État. La Fonction publique comptait 306 159 Agents en activité en juin 2026, selon les chiffres communiqués par le Ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative (Minfopra), Joseph Lé.
Mais son classement est révélateur. Il montre qu’une agro-industrie bien structurée peut devenir un puissant réservoir d’emplois formels. D’autres entreprises camerounaises jouent également ce rôle : Php, Socapalm, Sodecoton, Hysacam, Socadel, Camtel, les Brasseries du Cameroun, Congelcam Sa et plusieurs groupes des télécommunications, des services et de l’industrie.
Le cas Hévécam pose donc une question de politique économique : comment multiplier au Cameroun les entreprises capables de transformer localement les matières premières, d’investir dans la technologie et d’absorber plusieurs milliers de travailleurs ?
Car derrière les 4 910 salariés, les 26 Délégués du Personnel et la diversité des métiers, Hévécam raconte une réalité plus profonde : celle d’une agro-industrie devenue, au fil des années, une véritable plateforme industrielle et sociale. Une réussite qui rappelle que l’agriculture camerounaise, lorsqu’elle est industrialisée et structurée, peut être à la fois productive, technologique et fortement créatrice d’emplois.
Arthur Mballa



