
Le marché du travail se recompose. Entre intelligence artificielle, transition écologique, santé, agriculture et éducation, de nouveaux viviers d’emplois se dessinent.
Le futur de l’emploi ne ressemble pas à un marché du travail vidé par les machines. Il ressemble davantage à un marché déplacé. C’est l’un des principaux enseignements du Future of Jobs Report 2025 du Forum économique mondial. D’ici 2030, 170 millions de nouveaux postes pourraient être créés, contre 92 millions appelés à disparaître ou à être déplacés. Soit un solde positif de 78 millions d’emplois. Mais derrière cette progression se cache une bataille : celle des compétences.
« Les tendances telles que l’IA générative et les mutations technologiques rapides bouleversent les industries et les marchés du travail », relève Till Leopold, responsable Travail, Salaires et Création d’emplois au Forum économique mondial. Pour lui, les entreprises et les pouvoirs publics doivent désormais investir dans les compétences afin de construire une main-d’œuvre capable de s’adapter.
Le numérique accélère, mais ne travaille pas seul
L’intelligence artificielle, le big data, les réseaux et la cybersécurité figurent parmi les domaines où la demande de compétences devrait progresser le plus rapidement. Les spécialistes de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage automatique, les experts du big data, les développeurs de logiciels et les spécialistes des technologies financières apparaissent ainsi parmi les métiers à plus forte croissance.
Mais le rapport casse une idée reçue : les métiers d’avenir ne sont pas uniquement derrière un ordinateur. Les besoins vont également augmenter dans les secteurs qui répondent aux besoins fondamentaux des populations.
La santé, l’éducation, les soins à la personne, l’agriculture, la construction et certains métiers de première ligne devraient ainsi générer d’importants volumes d’emplois. Autrement dit, l’économie de demain aura besoin à la fois de spécialistes de l’IA et de professionnels capables de soigner, produire, construire, enseigner ou accompagner.
L’Afrique au cœur du renouvellement
Cette recomposition prend une dimension particulière en Afrique subsaharienne. Le Forum économique mondial souligne que la région devrait fournir une part considérable des nouveaux entrants sur le marché mondial du travail dans les prochaines années. Cette dynamique démographique peut devenir un avantage si elle s’accompagne de compétences adaptées aux besoins des entreprises. Le rapport consacré à l’avenir des emplois en Afrique identifie notamment la montée des besoins autour de l’IA, du big data, de la culture technologique, de la cybersécurité, mais aussi des métiers liés aux industries créatives, à l’agroalimentaire, à l’éducation et aux soins.
Pour le jeune diplômé africain, le message est donc moins « choisir le métier qui paie le plus » que comprendre où se déplacent les besoins des entreprises. La compétence technique devient importante, mais elle ne suffit plus.
Le diplôme ne fera plus tout
C’est probablement l’un des enseignements les plus importants pour les aspirants au monde professionnel. Près de 40 % des compétences utilisées actuellement dans les emplois devraient évoluer d’ici 2030, tandis que 63 % des employeurs interrogés considèrent déjà le déficit de compétences comme un obstacle majeur à la transformation de leur entreprise.
Les compétences technologiques progressent rapidement. Mais le Forum économique mondial insiste aussi sur les compétences humaines : pensée analytique, créativité, résilience, flexibilité, leadership et collaboration. L’entreprise de demain recherchera donc des profils capables de travailler avec la technologie, plutôt que de simplement la subir.
« Les compétences humaines, telles que la pensée créative, la résilience, la flexibilité et l’agilité, resteront essentielles », prévient Till Leopold.
Former avant que le marché ne réclame
Pour les entreprises, cette transformation impose déjà une nouvelle manière de recruter. Pour les établissements de formation, elle pose une autre question : les programmes enseignés aujourd’hui correspondent-ils aux emplois qui seront disponibles demain ?
Le Forum économique mondial observe que la formation continue devient la principale réponse des employeurs face à cette mutation. Dans 20 secteurs sur 22 étudiés, la montée en compétences des travailleurs figure parmi les premières stratégies envisagées.
Le véritable enjeu de 2030 se trouve donc ici : les emplois seront-ils disponibles pour ceux qui auront les compétences correspondantes ? La réponse dépendra moins du nombre de postes créés que de la capacité des systèmes éducatifs, des entreprises et des travailleurs à suivre leur transformation.
Pour les jeunes, l’urgence est déjà là. Le marché de demain ne demandera pas seulement des diplômes supplémentaires. Il recherchera des profils capables d’apprendre, de se reconvertir et de combiner plusieurs compétences. Le métier d’avenir pourrait finalement être celui qui sait évoluer avec son temps.
Jean Pierre Bineli




