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INTERVIEW

ISAAC BISSALA : « Un syndicat n’a pas pour seule vocation de dénoncer les retards de salaires »

Isaac Bissala, président de l’Union Générale des Travailleurs du Cameroun (UGTC), a présidé le 22 août 2026 à Douala, un séminaire consacré à la formation de jeunes syndicalistes, appelés à terme à assurer eux-mêmes la formation au sein des structures affiliées. Un chantier de renouvellement générationnel qui vise à renforcer l’autonomie de gestion des syndicats membres et à développer les compétences économiques, sociales et politiques nécessaires à leur participation aux grandes négociations, notamment face aux institutions financières internationales. Dans un entretien exclusif avec Monde Professionnel, le patron de l’UGTC reviens sur les modalités de cette transition et les difficultés de gouvernance qui subsistent au sein de l’organisation.

Pouvez-vous nous présenter l’objectif de la rencontre d’aujourd’hui ?

L’Union Générale des Travailleurs du Cameroun (UGTC) a engagé ce qu’on peut appeler la relève syndicale. Nous avons entrepris de rajeunir l’organisation : à terme, ce sont les jeunes qui prendront la responsabilité de conduire l’UGTC. Cela passe par une formation renforcée : nous organisons des séminaires pour transmettre nos connaissances. Aujourd’hui précisément, nous formons des jeunes à la formation elle-même, c’est-à-dire que ce sont eux qui, demain, seront chargés de former les militants au sein des syndicats affiliés à l’UGTC.

Vous avez indiqué, dans la salle, que les syndicats affiliés à l’UGTC allaient prendre leur autonomie. Que voulez-vous dire par là ?

Chaque syndicat naît puis s’affilie à l’UGTC, doté de statuts qui définissent précisément son fonctionnement. Au départ, comme il s’agissait de jeunes structures, nous les avons accompagnées de près. Aujourd’hui, ces syndicats sont arrivés à maturité : ils peuvent se former et fonctionner par eux-mêmes, sans que nous ayons à les encadrer en permanence. Il s’agit simplement de leur rappeler que cette autonomie est déjà inscrite dans leurs propres statuts.

Vous avez également évoqué une « approche par compétences ». Quelles compétences souhaitez-vous transmettre aux jeunes syndicalistes ?

Un syndicat n’a pas pour seule vocation de dénoncer les retards de salaires : il participe au développement du pays. Cela suppose des compétences économiques, sociales et politiques. On pense souvent que le syndicat, n’étant pas un parti, doit rester à l’écart de la politique. C’est inexact : le syndicat s’occupe de politique au sens où il défend la démocratie, condition indispensable à son propre fonctionnement. En ce sens, s’engager pour la démocratie relève déjà d’une forme d’action politique, mais pas politicienne.

Cela exige des camarades bien formés. Lorsqu’on siège face au FMI ou à la Banque mondiale pour discuter de l’économie d’un pays, il faut être capable de porter la vision syndicale avec des arguments solides. Ce sont ces compétences que nous cherchons à développer aujourd’hui, en formant les jeunes pour qu’ils soient pleinement opérationnels demain.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les jeunes engagés en syndicat ?

D’abord la disponibilité et l’engagement des présidents de syndicats, qui doivent se rendre présents pour les autres. Ensuite, et surtout, la gestion financière : on ne peut pas prétendre diriger si l’on n’est pas capable de bien gérer les fonds que les camarades vous confient. Disponibilité, engagement et rigueur de gestion sont les trois piliers indispensables.

Quel état des lieux dressez-vous aujourd’hui en matière de rigueur de gestion au sein des syndicats ?

Il reste beaucoup à faire, notamment sur la transparence et la bonne gouvernance. Beaucoup de responsables ne sont pas formés à ces questions, et il faut y remédier, à condition qu’ils acceptent eux-mêmes de se former. Car certains, malgré des lacunes reconnues, refusent les formations qu’on leur propose. C’est aussi cela, le défi qu’il nous reste à relever.

Interview réalisée par Arthur Mballa

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