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FORMATIONS

CERTIFICATION PROFESSIONNELLE : Les étudiants de l’Enstp transformés en Ingénieurs « job-ready »

Formation sur le terrain, certification internationale et immersion dans les grands chantiers : le partenariat entre le Minesup, le Mintp, l’Enstp et la Cfhec entend faire de l’employabilité des futurs Ingénieurs une priorité opérationnelle. La première cohorte a été mise en stage le 3 août 2026 à Yaoundé.

Le 3 août 2026 pourrait bien constituer un tournant dans la manière de former les futurs Ingénieurs camerounais des travaux publics. À l’École nationale supérieure des travaux publics (Enstp) de Yaoundé, le Ministre d’État, Ministre de l’Enseignement supérieur, Pr Jacques Fame Ndongo, a présidé la cérémonie de mise en stage de la première cohorte d’étudiants dans les chantiers de la China First Highway Engineering Group (Cfhec). Une initiative qui donne une traduction concrète à l’accord-cadre signé le 13 janvier dernier entre le Minesup et l’entreprise chinoise.

L’enjeu dépasse largement celui d’un simple stage académique. Il s’agit désormais de rapprocher l’université de l’entreprise et de réduire le fossé entre le diplôme obtenu en salle de cours et les compétences effectivement recherchées sur les grands chantiers. À terme, l’étudiant doit sortir de l’école avec deux cartes en main : son diplôme académique et une certification professionnelle internationale délivrée dans le cadre du partenariat avec la Cfhec.

De la salle de cours au chantier

Le dispositif repose sur une logique de professionnalisation particulièrement assumée. Le modèle pédagogique arrêté dans le partenariat Minesup-Cfhec privilégie l’apprentissage pratique : 70 % de l’expérience de formation doivent être consacrés à la pratique réelle, notamment sur les chantiers et dans les bureaux d’études, 20 % au mentorat par des Ingénieurs et Techniciens expérimentés, et seulement 10 % à la théorie ciblée.

La première phase mise en œuvre à l’Enstp prévoit, selon les informations communiquées lors du lancement, dix jours de formation technique et de partage d’expériences avec les experts de la Cfhec, suivis d’une certification professionnelle des compétences acquises, puis d’un stage d’immersion de deux mois sur les chantiers de l’entreprise au Cameroun.

Pour les étudiants, l’intérêt est évident : apprendre à travailler dans les conditions réelles d’un projet routier, côtoyer les professionnels qui exécutent les ouvrages, comprendre les exigences de qualité, de délais et de sécurité et, surtout, faire valider ces compétences par une certification à portée internationale.

C’est précisément cette articulation entre diplôme, compétence et expérience qui donne au programme sa portée stratégique. Le partenariat introduit ainsi le principe de la « double qualification », avec, à côté du diplôme universitaire, une certification professionnelle destinée à attester la maîtrise de compétences directement valorisables sur le marché de l’emploi.

Le Mintp, au cœur de la bataille pour

La présence et l’implication du ministère des Travaux publics donnent à cette initiative une dimension supplémentaire. Le Mintp n’est pas seulement un ministère utilisateur des compétences produites par les écoles d’ingénieurs. Il est aussi l’un des principaux acteurs publics confrontés quotidiennement à la question de la disponibilité d’une main-d’œuvre nationale suffisamment qualifiée pour accompagner l’explosion des projets d’infrastructures.

Lors de la cérémonie du 3 août, le ministre Emmanuel Nganou Djoumessi a rappelé que les mesures d’accompagnement mises en place par le gouvernement en faveur de l’insertion professionnelle des jeunes sont multiples. Le programme Minesup-Cfhec s’inscrit ainsi dans un dispositif plus large visant à rapprocher la formation des besoins de l’économie.

Cette orientation n’est pas nouvelle au Mintp. Le département ministériel a déjà engagé la création de dix centres de formation professionnelle aux métiers des travaux publics dans les régions, avec l’ambition de former des Camerounais, diplômés ou non, aux métiers nécessaires à l’exécution et à la maintenance des infrastructures. Cette politique répond notamment au déficit de certains profils techniques sur les chantiers et à la nécessité de réduire le recours à la main-d’œuvre importée.

Le message gouvernemental est donc clair : les grands investissements en routes et autres infrastructures doivent aussi devenir des investissements dans le capital humain.

La Cfhec, du constructeur au formateur

Pour la Cfhec, l’opération marque également une évolution de son rôle au Cameroun. L’entreprise chinoise, qui intervient sur plusieurs projets structurants, notamment dans le domaine routier, met désormais une partie de son expertise au service de la formation de la relève camerounaise.

Avec plus de 25 000 Employés et une présence dans plus d’une vingtaine de pays, la Cfhec dispose d’un savoir-faire industriel important dans les autoroutes, les voies ferrées et les infrastructures de transport. Au Cameroun, elle est notamment engagée sur plusieurs chantiers routiers structurants.

Le partenariat transforme donc le chantier en véritable espace pédagogique. Les futurs Ingénieurs ne sont plus seulement appelés à observer les ouvrages : ils doivent comprendre les méthodes d’exécution, les normes, les contraintes techniques et organisationnelles et apprendre à travailler au sein d’équipes internationales.

L’État veut désormais passer du diplôme à l’employabilité

La portée politique de cette initiative est finalement là. Face à un marché du travail où le diplôme ne garantit plus automatiquement l’emploi, le gouvernement cherche à multiplier les passerelles entre les établissements d’enseignement supérieur et les entreprises.

Le Minesup avait d’ailleurs posé les bases de cette nouvelle approche dès janvier 2026, en présentant le partenariat avec la Cfhec comme un modèle de « double qualification » destiné à rendre les diplômés davantage « job-ready ».

L’expérience de l’Enstp constitue donc un laboratoire grandeur nature. Si elle tient ses promesses, elle pourrait être étendue à d’autres établissements et à d’autres secteurs stratégiques. Le véritable indicateur de réussite ne sera cependant pas le nombre de conventions signées ou de cérémonies organisées. Il sera beaucoup plus concret : combien de jeunes certifiés accéderont effectivement à un emploi, combien seront recrutés par les entreprises et combien pourront, demain, prendre en charge des projets d’infrastructures avec des compétences reconnues au niveau international ?

Le pari du 3 août est donc lancé. Former davantage ne suffit plus. Il faut former utile, certifier les compétences et donner aux jeunes l’expérience qui leur permettra de passer directement de l’école au chantier.

MondePro

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