MIGRATION PROFESSIONNELLE : Le Cameroun veut transformer ses talents mobiles en levier de développement

Le Mintss et l’Oim, assistés du Minjec/ Minefop et Minpmessa posent, à Yaoundé, les bases d’une gouvernance de la migration de main-d’œuvre fondée sur la mobilité des compétences et leur contribution au développement économique.

La migration de la main-d’œuvre s’installe au cœur des politiques de développement du Cameroun. Organisé autour du ministère du travail et de la sécurité sociale (Mintss), avec l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (Oim) et la participation de plusieurs départements ministériels, le (Dialogue stratégique national) tenu lundi 28 septembre 2026 à Yaoundé a posé les bases d’une nouvelle approche. Il ne s’agit plus seulement de gérer les départs, mais de mieux valoriser les compétences qui circulent entre le Cameroun et les marchés internationaux.
Cette orientation accompagne l’élaboration de la Politique nationale de migration de la main-d’œuvre au Cameroun (Pnmmoc). Le document de référence prévoit notamment une meilleure articulation entre emploi, formation professionnelle, investissement, reconnaissance des qualifications, protection des travailleurs et mobilisation de la diaspora.
Préparer le départ, mais aussi le retour
Pour le Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale, Grégoire Owona, qui conduit le processus d’élaboration de la Pnmmoc, la migration de la main-d’œuvre doit désormais être considérée comme une composante de la stratégie économique nationale. La réflexion porte ainsi sur une architecture intégrée reliant politiques d’emploi, développement des compétences, coopération internationale et besoins des marchés du travail.
Cette logique trouve un prolongement dans l’intervention du Minjec/Minefop Mounouna Foutsou. L’accent est mis sur les dispositifs existants de proximité, notamment l’Observatoire national de la jeunesse, afin de mieux préparer les jeunes à la mobilité professionnelle. L’enjeu ne s’arrête toutefois pas au départ. L’accompagnement du retour et la « reconnexion » des Camerounais ayant acquis une expérience à l’étranger font également partie des pistes évoquées. L’idée est de mieux connecter ces dispositifs aux mécanismes nationaux d’emploi et de formation, afin que la mobilité soit préparée, sécurisée et susceptible de produire des retombées pour le pays.
Reconnaître les compétences pour créer de la valeur

Le Minpmeesa a, pour sa part, par la voix de son Ministre, insisté sur un autre maillon de cette chaîne : la reconnaissance des compétences et la validation des acquis. Une question particulièrement importante dans le contexte de la migration circulaire. La mobilité des travailleurs ne peut produire pleinement ses effets si les compétences acquises au Cameroun ou à l’étranger restent difficilement reconnues d’un espace professionnel à l’autre.
La note conceptuelle du Dialogue place précisément la certification et la reconnaissance des qualifications parmi les piliers de l’écosystème à construire. Elle prévoit également des partenariats avec les employeurs internationaux, des accords bilatéraux de migration de main-d’œuvre et des mécanismes favorisant la circulation et le retour des compétences.
Faire de cette migration un levier de développement
Pour l’Oim, cette évolution répond à une réalité difficile à contourner. Abdel Rahmane Diop, représentant de l’Oim et Chef de mission au Cameroun, estime que le pays dispose d’un important réservoir de talents et de compétences, porté par une population jeune et formée : «« La migration est un fait. On ne peut pas analyser le Cameroun sans parler de migration. Mais la réalité, la question à laquelle nous essayons de répondre, c’est comment faire de cette migration un levier de développement. » » L’enjeu est donc de capter davantage la valeur créée par cette mobilité : transfert de savoir-faire, investissements, retour des compétences, entrepreneuriat et circulation des expertises. La note conceptuelle envisage même des mécanismes de partage de la valeur créée par la migration régulière, afin que ses bénéfices puissent profiter aux travailleurs, aux employeurs, aux institutions de formation et à l’économie nationale.
La prochaine étape annoncée est technique. Les différentes initiatives existantes doivent être recensées, articulées et renforcées : «« Un des points d’action majeurs qui ressort, c’est de se réunir à nouveau, cette fois-ci au niveau technique, pour vraiment creuser davantage et voir comment nous pouvons utiliser l’ensemble de ces initiatives, les renforcer. » »
L’ambition affichée est ainsi de passer d’une logique de gestion des flux à une gouvernance intégrée de la mobilité des compétences, capable de mieux préparer les départs, sécuriser les parcours, valoriser les acquis et faire de la diaspora et des travailleurs mobiles des acteurs du développement économique camerounais.
Jean Pierre Bineli

