CERTIFICAT DE QUALIFICATION PROFESSIONNELLE : La ruée vers le métier d’auxiliaire de vie à Yaoundé

65 centres de formation professionnelle sur 140 présentent 465 candidats au métier d’auxiliaire de vie sur 1 288 au total aux examens de fin de formation organisés par le Minefop du 22 au 24 septembre derniers à Yaoundé. Des chiffres qui révèlent l’attrait croissant pour une profession pourtant encore mal connue et aux contours insuffisamment définis.

Les chiffres parlent avant même que les résultats ne tombent. À Yaoundé et dans ses environs, les listes de la session de septembre 2026 publiées par le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop) recensent 1 288 candidats. Parmi eux, 465 se présentent dans la spécialité « Auxiliaire de vie ». Plus significatif encore : cette formation est représentée dans 65 des 140 centres ayant présenté au moins un candidat.
Autrement dit, près d’un centre sur deux propose désormais cette spécialité. L’auxiliaire de vie n’est donc plus cantonné à quelques établissements spécialisés. Il s’installe progressivement dans le paysage de la formation professionnelle à Yaoundé, avec parfois des effectifs conséquents. Le Centre de formation professionnelle La Rosière, à Simbock, compte ainsi 36 candidats en « Auxiliaire de vie ». Le Centre de formation professionnelle des auxiliaires médicaux de Biyem-Assi Acacias en présente 27, contre 24 à l’Institut de formation professionnelle et polytechnique Sainte-Thérèse de Ngousso. L’Institut de formation professionnelle de la Croix-Rouge camerounaise en compte 13, pour ne citer que ces établissements.
D’autres métiers moins courus
Les listes du Minefop témoignent par ailleurs d’une offre de formation particulièrement diversifiée. Certaines spécialités enregistrent également des effectifs significatifs. C’est le cas de l’« Agent polyvalent d’exploitation hôtelière », qui réunit 30 candidats dans un même établissement, dont 21 au niveau I et 9 au niveau II. La décoration d’intérieur en compte 22, tandis que le « stylisme-modélisme » rassemble 17 candidats sur une liste.
À côté de ces métiers, les candidats se répartissent entre « pâtisserie, agropastoral, marketing digital, cybersécurité, infographie multimédia, logistique et transport, douane et transit, assistance administrative et comptable, assistance de direction », sans oublier plusieurs spécialités liées aux métiers de la santé.
Cette diversité illustre l’éventail des parcours proposés et choisis au cours de la session. Mais l’auxiliaire de vie se distingue par la combinaison de deux indicateurs : un effectif de 465 candidats et une présence dans 65 centres.
Un métier qui attire sans être encore bien identifié
L’engouement pour cette formation semble également lié à la perspective d’une insertion professionnelle au-delà des frontières. Certains candidats rencontrés évoquent la possibilité d’acquérir des compétences susceptibles d’être valorisées sur des marchés de l’emploi étrangers, où les besoins en accompagnement des personnes vulnérables sont importants.
Mais derrière cet intérêt se cache un paradoxe. La profession attire, alors qu’elle demeure encore mal comprise. Les interrogations portent sur les missions exactes de l’auxiliaire de vie, ses limites d’intervention et surtout sa différence avec d’autres métiers du secteur sanitaire et social.
C’est précisément ce contraste qui donne toute sa portée au phénomène : une profession encore peu identifiée du grand public se retrouve massivement représentée dans les listes d’une session d’examen. La demande de formation semble donc précéder la pleine reconnaissance du métier.
Des contours encore à préciser
Dr Joceline Doncfack, responsable du Centre de formation professionnelle Intelligentsia Corporation et docteure en sciences infirmières, situe la profession à un stade encore embryonnaire au Cameroun. Selon son analyse, l’auxiliaire de vie souffre notamment d’un déficit de structuration. L’absence d’un statut et d’un référentiel clairement établis entretient certaines confusions, notamment avec le métier d’aide-soignant.
Pourtant, les besoins auxquels répond cette profession sont bien réels : accompagner les personnes âgées, les personnes à mobilité réduite ou celles qui rencontrent des difficultés dans certains actes de la vie quotidienne. Les publics concernés peuvent varier selon les formations reçues et les cadres d’intervention.
Le paradoxe est donc saisissant : les candidats sont nombreux, les centres concernés également, mais la profession reste encore à définir, à structurer et surtout à faire connaître.
Au-delà des 465 candidats
Attention toutefois à ne pas confondre engouement pour une formation et volume d’emplois disponibles. Les 465 candidats ne correspondent pas nécessairement à autant de postes à pourvoir. Les listes d’examen renseignent d’abord sur les choix de formation, et non sur la demande réelle des employeurs.
Elles constituent néanmoins un indicateur révélateur. Sur les 1 288 candidats recensés dans les listes exploitées, l’auxiliaire de vie représente plus de 36 % des effectifs. Sa présence dans 65 des 140 centres montre également que la spécialité dépasse désormais le cadre de quelques établissements.
Ces données ouvrent alors un champ de questions qui dépasse largement le seul cadre des examens : qui sont ceux qui choisissent ce métier ? Pourquoi s’y orientent-ils ? Quelles compétences doivent-ils réellement maîtriser ? À quels besoins répondent-ils ? Et surtout, quels débouchés attendent ces nouveaux professionnels ?
La session de septembre 2026 apparaît ainsi comme un révélateur. Derrière les 465 candidats et les 65 centres se dessine une profession qui gagne du terrain dans les parcours de formation professionnelle, alors même que ses contours, ses pratiques et ses perspectives restent encore à explorer.
L’auxiliaire de vie n’est peut-être plus un métier confidentiel. Reste maintenant à savoir si sa reconnaissance professionnelle suivra la vitesse de sa popularité auprès des candidats.
Jean Pierre Bineli



