
Après plus de trois ans d’arriérés de salaires, le Personnel de Matgénie lance une grève illimitée face au mutisme gouvernemental.
Habillés de noir, symbole de leur désespoir, les Employés de Matgénie, entreprise publique spécialisée dans les travaux publics et l’entretien des infrastructures routières du Cameroun, se sont donné rendez-vous à Yaoundé pour une grève illimitée. Ce préavis, effectif dès le 6 avril 2026, est l’aboutissement d’une crise marquée par 40 interminables mois de salaires impayés et une série de revendications sociales longtemps ignorées.
C’est une histoire qui se répète, mais qui prend des proportions dramatiques. Les Employés de Matgénie, certains déjà accablés par plus de 20 ans de retenues sur salaire sans versement à la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps), dénoncent l’indifférence totale des autorités. « Plus de 40 mois de salaires impayés, cela équivaut à nous demander de mourir à petit feu », s’exclame l’un des porte-paroles du mouvement. Ce désespoir est encore plus marqué chez les retraités de l’entreprise. « Les retraités du Matgénie n’en peuvent plus, ils étouffent », pouvait-on lire sur une pancarte.
Revendications légitimes, mais ignorées
Ce blocage, qui dure depuis des années, affecte gravement la survie de familles entières, plongées dans l’incertitude et l’indignité. Les Employés au bord de l’implosion réclament également le paiement des allocations familiales, suspendues depuis deux décennies, alors que des prélèvements sont opérés sur leurs fiches de paie chaque mois. À cela s’ajoutent les droits réclamés par les retraités et la non-reversement des cotisations syndicales.
Le Personnel de Matgénie accuse la direction et les tutelles gouvernementales de n’avoir pris aucune mesure concrète malgré les nombreuses réunions organisées. Pour eux, ces rencontres sont restées un simple théâtre bureaucratique, sans réponse aux problèmes qui asphyxient l’entreprise. « Des cris de détresse ont été lancés à plusieurs reprises, mais rien ne bouge », déplorent les grévistes.
Le silence des autorités est perçu comme une complicité dans ce qu’ils considèrent comme le déclin programmé de ce qu’on appelait autrefois « le fleuron des travaux publics au Cameroun ». Par ailleurs, ces dysfonctionnements profitent aujourd’hui à des entreprises étrangères qui, inspirées de Matgénie, prennent progressivement le contrôle du secteur des travaux publics. Pour James Ngono, Délégué du Personnel, « on tue une entreprise nationale pour enrichir l’étranger. Une entreprise qui était un modèle autrefois est devenue un symbole de souffrance ». Ce mouvement de grève, qui a commencé dans la capitale, fait tache d’huile.
À Douala, Bafoussam, et même dans les villes plus petites tailles comme Bertoua, les employés de Matgénie rejoignent également le mouvement. Des scènes similaires se répètent : des Employés habillés de noir, pancartes à la main, crient leur désarroi face à un destin brisé. « Nous avons utilisé tous les moyens légaux possibles. Aujourd’hui, c’est notre dernière chance d’être entendus », martèle un gréviste à Yaoundé. Les conséquences d’une telle paralysie ne sont pas anodines.
Matgénie, responsable de l’entretien des routes et la mise à disposition d’engins lourds, pourrait provoquer un ralentissement significatif des travaux publics dans les semaines à venir, compromettant encore davantage des projets jugés prioritaires. Cette grève générale marque une nouvelle étape dans une longue crise qui perdure depuis des décennies.
Une entreprise qui peine à se relever
Déjà en 2022, les Employés avaient paralysé l’entreprise pour réclamer 16 mois de salaires non versés. En 2021, une grève similaire exigeait plus d’un an d’arriérés. Ce sombre tableau illustre la profondeur du malaise financier d’une entreprise qui peine à se relever, malgré son rôle stratégique dans l’économie du pays.
Face à cette situation explosive, les grévistes espèrent enfin attirer l’attention du gouvernement pour qu’une solution durable soit trouvée. Mais pour beaucoup, un tel espoir semble illusoire. « Plus de 20 ans sans allocation familiale, comment expliquer ça ? La Cnps est-elle complice ou simplement ignorante de notre souffrance ? », interroge une pancarte des manifestants. En l’absence de réponse rapide, cette mobilisation pourrait non seulement s’amplifier, mais aussi affecter durablement les projets de développement nationaux. Quarante mois sans salaire, une vie de retenues jamais reversées, des familles affamées et des retraités abandonnés.
Ce tableau de désolation ne saurait continuer sans solution. Mais devant l’inaction des autorités, un avenir encore plus sombre semble se dessiner pour Matgénie et ses Employés, qui se battent pour leur survie, leur dignité et le sauvetage de cette entreprise nationale en ruine.
Arthur Mballa




