
La Cnps engage des poursuites contre des entreprises étrangères accusées de priver les Ouvriers camerounais de leurs droits sociaux.
Le malaise couve depuis plusieurs années sur certains chantiers et dans des entreprises à capitaux étrangers installées au Cameroun. Derrière les grands projets d’infrastructures et les promesses de développement, se cache une réalité plus sombre faite d’abus, de précarité et de violations répétées des droits fondamentaux des travailleurs camerounais. Une correspondance officielle datée du 25 février 2026 vient confirmer l’ampleur du problème. Saisie par le secrétaire général de la Confédération syndicale des Travailleurs du Cameroun (Cstc), Célestin Bama, la direction générale de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps) reconnaît des manquements graves.
Dans ce document, le Directeur général indique clairement que« des instructions ont d’ores et déjà été données afin que les Centres de Prévoyance Sociale de Mimboman et de Kribi procèdent de toute urgence au recouvrement forcé », auprès de certaines entreprises incriminées. Cette mesure exceptionnelle traduit l’ampleur des impayés en cotisations sociales, privant ainsi les Travailleurs de toute couverture en cas de maladie, d’accident ou de retraite. Sur le terrain, les témoignages recueillis par les syndicats et relayés par plusieurs organisations de défense des droits humains dressent un tableau alarmant. Des ouvriers évoquent des journées de travail interminables, des salaires irréguliers voire inexistants, l’absence de contrats formels et des conditions de sécurité déplorables. Dans certains cas, des Travailleurs affirment être soumis à des pressions, à des intimidations ou à des retenues arbitraires sur leurs rémunérations.
Un système où l’impunité semble prospérer
Pour Célestin Bama, cette situation n’est pas le fruit du hasard. « Cette maltraitance et ces violations flagrantes des droits des Travailleurs se sont enracinées dans certaines entreprises à capitaux étrangers, avec la complicité de certains de nos compatriotes », dénonce-t-il. Le responsable syndical pointe du doigt un système où l’impunité semble prospérer, alimentée par des réseaux d’influence et des interventions administratives qui freinent les sanctions.
L’absence de contrats de travail et de protection sociale reste l’un des aspects les plus préoccupants. Selon des rapports d’organisations internationales comme l’Organisation internationale du travail, une grande partie de la main-d’œuvre en Afrique subsaharienne évolue encore dans l’informel, exposée à des abus structurels. Au Cameroun, malgré un cadre juridique relativement protecteur, l’application des lois demeure insuffisante, notamment dans les secteurs du Btp, de l’exploitation forestière et de certains projets industriels. Le syndicat affirme multiplier les actions, allant de la dénonciation publique à l’organisation de mouvements de grève. Mais ces initiatives se heurtent souvent à un manque de soutien institutionnel. « Le contrôle revient à l’inspection du travail, qui ne dispose pas toujours des coudées franches pour agir efficacement », explique Célestin Bama, évoquant même des cas où des responsables d’entreprises refusent de répondre aux convocations administratives.
Plus grave encore, des soupçons de collusion avec certaines autorités sont ouvertement évoqués. « Je parlerais de complicité », tranche le Syndicaliste, soulignant que certains Employeurs n’hésitent pas à invoquer leurs relations pour échapper aux poursuites. Face à cette situation, l’intervention de la Cnps apparaît comme un signal, mais aussi comme une reconnaissance implicite des dérives en cours. Le recouvrement forcé engagé contre les entreprises citées pourrait constituer un précédent, à condition qu’il s’inscrive dans une dynamique plus large de réforme et de contrôle. Au-delà des mesures ponctuelles, la question reste entière. Comment garantir durablement des conditions de travail décentes aux Camerounais dans un contexte de forte dépendance aux investissements étrangers. Pour les syndicats, la réponse passe par une volonté politique affirmée, un renforcement des inspections et une application stricte des lois existantes. En attendant, sur les chantiers et dans les ateliers, de nombreux Travailleurs continuent d’évoluer dans l’ombre, espérant que leurs droits cessent enfin d’être une simple promesse.
Ange Pouamoun




