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Mémoire syndicale: Le cri d’alarme de l’Ugtc par rapport à l’Upc

Entre mémoire historique et crise interne, l’Ugtc plaide pour une refondation de l’Upc, afin de peser à nouveau sur la scène politique.

Le 10 avril 1948 marque une date charnière dans l’histoire politique du Cameroun, celle de la création de l’Union des populations du Cameroun (Upc), un mouvement né dans le sillage des luttes syndicales et anticoloniales. Soixante-dix-huit ans plus tard, cette mémoire reste vive et continue d’alimenter les débats contemporains. À Yaoundé, le siège de l’Union générale des travailleurs du Cameroun (Ugtc) a servi de cadre, le 10 avril 2026, à une conférence de presse au cours de laquelle son Président, Isaac Bissala, a livré une lecture à la fois historique et critique de l’évolution de ce mouvement emblématique. Revenant sur la genèse du syndicalisme camerounais, Isaac Bissala a rappelé que« le mouvement syndical au Cameroun commence vers les années 1932 », dans un contexte colonial où les premières structures étaient exclusivement réservées aux Européens.

L’émergence progressive de syndicats camerounais, encouragée notamment par des figures comme Gaston Donat, a permis la création en 1944 de l’Union des syndicats confédérés (Usc), matrice directe de l’Upc. « L’Upc a été créée par des Syndicalistes… elle n’a jamais été créée par des individus », a-t-il insisté, rejetant toute personnalisation de ce moment fondateur. Selon lui, la naissance de ce mouvement répondait à une nécessité stratégique : porter les revendications sociales au niveau politique, notamment à l’Assemblée, afin d’influencer les décisions en faveur des Travailleurs et de l’ensemble de la population.

Contrairement à certaines lectures contemporaines, l’Upc n’était pas initialement un instrument de conquête du pouvoir, mais un levier de transformation sociale. « Dans un premier temps, l’Upc n’a pas été créée pour prendre le pouvoir… c’était pour l’indépendance, la réunification et l’élévation du niveau de vie », a précisé Isaac Bissala. Ces objectifs s’inscrivaient dans le contexte plus large des luttes de décolonisation en Afrique, où les mouvements syndicaux ont souvent servi de tremplin aux revendications politiques. Aujourd’hui encore, cette articulation entre social et politique reste au cœur des débats, notamment dans un pays confronté à des défis persistants en matière de pouvoir d’achat, d’emploi et de gouvernance économique.

L’Upc face à ses fractures

La conférence de presse a également été l’occasion d’aborder sans détour les divisions internes qui minent l’Upc depuis plusieurs décennies. « Les combats au sein de l’Upc aujourd’hui sont des combats de positionnement », a regretté le Président de l’Ugtc, dénonçant des luttes motivées davantage par des intérêts personnels que par des divergences idéologiques.

Il a pointé du doigt la multiplication des factions issues notamment de la reconfiguration politique des années 1990, marquée par la légalisation du multipartisme. Une situation qui fragilise l’influence du mouvement et compromet sa capacité à peser sur la scène politique nationale. « Tant que l’Upc a des problèmes, ce pays va continuer à souffrir », a-t-il averti.

Face à cette fragmentation, Isaac Bissala a salué l’initiative des héritiers des figures historiques du mouvement, engagés dans une démarche de réconciliation. « Nous sommes avec tous ceux qui veulent que l’unité revienne au sein de l’Upc », a-t-il affirmé, plaidant pour un sursaut collectif.

Au-delà de l’Upc, le Leader syndical a esquissé une réflexion plus large sur l’avenir politique du Cameroun. Fidèle à la tradition syndicale d’engagement, il n’exclut pas une implication accrue dans les échéances électorales. « Ne soyez pas étonnés de me retrouver à une élection… il faut faire la traversée », a-t-il confié, évoquant le passage du syndicalisme à l’action politique.

Dans un contexte socioéconomique jugé préoccupant, il a recentré le débat sur les priorités essentielles. « Ce qui nous intéresse, c’est le niveau de vie des Camerounais… la situation économique est mauvaise », a-t-il martelé. Entre mémoire historique, crise identitaire et recomposition politique, cette sortie médiatique de l’Ugtc remet en lumière le rôle central que pourrait encore jouer l’Upc dans l’avenir du Cameroun, à condition de retrouver son unité et sa vocation originelle.

Ange Pouamoun

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