
Longtemps considéré comme un simple insecte, le hanneton, encore appelé « ver blanc », s’impose progressivement comme une filière porteuse au Cameroun
Alors que les filières traditionnelles de l’élevage, notamment la volaille, le porc ou le bétail, continuent de dominer le marché camerounais, un nouvel acteur fait discrètement son chemin depuis quelques années : le hanneton. Cet insecte, jadis ignoré, est aujourd’hui au cœur d’une activité économique en pleine expansion.
Très apprécié des consommateurs, le hanneton se déguste sous différentes formes : braisé, rôti, séché ou encore transformé en poudre alimentaire. Riche en protéines, il est souvent présenté comme une alternative nutritionnelle crédible aux sources protéiques classiques telles que le soja ou la viande.
Un élevage accessible et rentable

Dans un contexte où les contraintes financières freinent de nombreux porteurs de projets, l’élevage du hanneton apparaît comme une activité nécessitant un investissement relativement faible.
À Monatélé, dans le département de la Lékié, Madame Essaga Eugénie s’est lancée dans cette aventure il y a un an. Elle raconte avoir découvert cette activité grâce à une connaissance de sa fille.
« C’est une amie de ma fille qui m’a parlé de l’élevage des hannetons et m’a expliqué les différentes étapes de production », confie-t-elle.
Selon l’éleveuse, le cycle de production dure environ quarante jours. Dans un bac rempli d’un compost composé notamment de provende, de bananes et de fibres de noix de coco, un couple de hannetons adultes est introduit. Celui-ci peut produire entre 40 et 80 larves qui se développent dans le substrat jusqu’à atteindre leur maturité.
Une demande en constante progression
Au-delà de sa facilité de production, le hanneton séduit par son potentiel commercial. Sur le marché, le kilogramme prêt à la consommation peut atteindre 8 000 francs CFA.
Consommatrice régulière, Madame Kanga Ebogo Jeannine témoigne de l’engouement autour de ce produit :
« Lorsque j’achète des hannetons au marché pour préparer à la maison, je dépense généralement autour de 3 500 francs CFA. Quand mes moyens sont limités, je me contente des brochettes vendues à 100 francs CFA dans certains postes de péage. C’est un aliment que j’apprécie énormément. »
Pour les producteurs, les débouchés sont nombreux. Madame Essaga explique disposer d’un réseau de clients qu’elle contacte avant même la récolte.
« J’ai généralement déjà des acheteurs avant la maturité des hannetons. Certains achètent pour leur consommation personnelle, d’autres représentent des restaurants ou des établissements de restauration. Une gamelle peut être vendue jusqu’à 10 000 francs CFA et l’activité reste très satisfaisante », affirme-t-elle.
Des défis à relever
Malgré son potentiel, la filière n’est pas exempte de difficultés. Les producteurs évoquent notamment la disponibilité limitée des reproducteurs, la nécessité de constituer un portefeuille de clients fidèles ainsi que les contraintes liées à l’exportation.
La conservation du produit constitue également un défi majeur, les consommateurs privilégiant généralement les hannetons vivants ou très frais.
Une filière d’avenir
Pour Madame Essaga, les perspectives restent prometteuses.
« J’ai commencé avec un investissement de seulement 40 000 francs CFA. Les premières productions m’ont permis d’acheter de nouveaux bacs. Aujourd’hui, j’en possède 24 et ma production continue d’augmenter. Mes principaux clients se trouvent dans les grandes villes, et je m’organise essentiellement pour assurer les livraisons », explique-t-elle.
À l’heure où de nombreux jeunes Camerounais recherchent des opportunités entrepreneuriales accessibles et rentables, l’élevage du hanneton apparaît comme une piste sérieuse. Alliant valorisation des ressources locales, faible coût de production et forte demande du marché, cette filière émergente pourrait bien s’imposer comme l’un des nouveaux leviers de l’économie rurale camerounaise.
Jean Pierre BINELI




