
Les démons de la division aux trousses de la Cstc
Alors que les préparatifs s’intensifient pour le 6e Congrès ordinaire de normalisation de la Cstc prévu le 17 juillet à Douala, un congrès extraordinaire dit “de réunification » tenu le 13 juin dernier a destitué le Président Abraham Baboulé au profit du Secrétaire général, Célestin Bama. Contestée sur les plans légal et statutaire, cette décision ravive la bataille de légitimité au sein de la centrale syndicale et place le rendez-vous de Douala au cœur de tous les enjeux. Décryptage.
Abraham Baboulé destitué de son poste de Président de la Confédération des syndicats des Travailleurs du Cameroun (Cstc) ! Du moins selon les résolutions adoptées le 13 juin dernier lors d’un congrès extraordinaire dit « de réunification », tenu à l’issue d’un Conseil confédéral extraordinaire convoqué depuis Bertoua, le 29 mai 2026 par le 4e vice-président confédéral, Yaya Guiswe.
L’information, largement relayée sur les réseaux sociaux, a surpris plus d’un acteur du mouvement syndical. Beaucoup peinent encore à croire à la brutalité d’une telle décision, tant la personnalité visée demeure l’une des figures les plus en vue de la centrale syndicale.
Les circonstances de cette destitution interrogent déjà. Au moment où se tiennent les assises ayant conduit à son éviction, Abraham Baboulé se trouve à Genève, en Suisse, où il participe à la 114e Conférence internationale du travail (Cit) en qualité de porte-parole du groupe Travailleurs camerounais. Il fait partie de la délégation nationale conduite par le Ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona.
Les griefs avancés
Que reprochent concrètement Célestin Bama et les participants au congrès extraordinaire du 13 juin à Abraham Baboulé ? Le nouveau Président proclamé de la Cstc évoque une série de « forfaitures » imputées à son prédécesseur. Parmi elles figure notamment une invitation non signée adressée au secrétaire général en vue du congrès ordinaire prévu à Douala, initiative perçue comme une tentative d’exclusion de certains responsables et de plusieurs syndicats au profit d’organisations jugées favorables au Président sortant.
Des accusations de mauvaise gestion financière sont également formulées. Abraham Baboulé est notamment accusé de ne pas avoir reversé sur les comptes de la confédération la somme cumulée de 2 639 000 FCFA correspondant aux contributions de trois organisations syndicales : le Synatcos, le Tracomw et l’Udsw. Un engagement qui aurait été pris lors de la réunion du Bureau confédéral du 8 mai 2026.
Enfin, son Sg lui en veut d’être très administratif, avec une propension à éviter les visites d’entreprises dont l’objet est la défense des intérêts des Travailleurs.
Une version catégoriquement rejetée
Ces accusations sont cependant rejetées en bloc par Abraham Baboulé. Documents bancaires à l’appui, celui-ci affirme que les versements incriminés ont bel et bien été effectués et que les mouvements financiers correspondants figurent sur les relevés de compte de la confédération.
Le Président sortant retourne même les accusations contre ses adversaires. Selon lui, le congrès extraordinaire du 13 juin n’avait d’autre objectif que de puiser dans les ressources financières de la centrale. Il soutient que plus de deux millions de francs CFA auraient été mobilisés pour l’organisation de ce qu’il qualifie lui-même de « forfaiture ».
De retour de Genève, Abraham Baboulé est allé plus loin en dénonçant « un acte de banditisme syndical ». Pour étayer sa position, il met en avant une sommation d’interdiction de réunion datée du 12 juin 2026 et signifiée par voie d’huissier à la veille des travaux contestés.
La bataille des textes
Au-delà des accusations réciproques, c’est surtout sur le terrain de la légalité que se joue désormais l’affrontement. Abraham Baboulé rappelle que le congrès ordinaire du 17 juillet prochain à Douala a été décidé lors du congrès du 25 septembre 2025, conformément aux dispositions statutaires de la Cstc. Dans le prolongement de cette décision, le Bureau confédéral réuni le 8 mai 2026 à Yaoundé avait arrêté la liste des participants, l’ordre du jour ainsi que le programme des assises. Les délégués ont déjà reçu leurs mandats de participation et l’annonce du congrès avait été publiée dans la presse.
Le Président contesté soutient également que les textes de la Cstc ne permettent la convocation d’une session extraordinaire du Conseil confédéral, en l’absence du Président, qu’à la demande des deux tiers de ses membres. Il relève par ailleurs que Yaya Guiswe, signataire de la convocation du Conseil extraordinaire du 13 juin, n’occupe que le poste de 4e vice-président et ne dispose d’aucune préséance sur le 2e vice-président, Moussa Aladji.
Autre élément soulevé par son camp : l’ordre du jour du Conseil confédéral extraordinaire ne mentionnait nullement une quelconque procédure de destitution. Les travaux devaient porter uniquement sur « l’audition du rapport du trésorier confédéral » et « l’audition du rapport de la réunion du Bureau confédéral du 8 mai 2026 préparant les assises du 6e congrès confédéral ordinaire de la Cstc du 17 juillet 2026 ».
Pour les partisans d’Abraham Baboulé, le passage de ce Conseil confédéral à un congrès extraordinaire ayant débouché sur la destitution du Président et la mise en place d’un nouveau bureau exécutif constitue donc une entorse manifeste aux règles internes de la centrale. Bien plus, ils vont plus loin en contestant la représentativité des participants au congrès extraordinaire (les deux tiers viennent des syndicats du secteur agricole).
Vers une nouvelle crise de légitimité ?
À moins d’un mois du 6e congrès ordinaire annoncé à Douala, la Cstc semble replonger dans les fractures qui ont jalonné son histoire récente. Pourtant, le camp Baboulé poursuit les préparatifs du congrès du 17 juillet, convaincu que seule cette échéance dispose de la légitimité statutaire nécessaire pour renouveler les organes dirigeants de la centrale. A cet effet, les regards restent braqués sur le niveau de mobilisation autour de cette rencontre, lequel pourrait déjà constituer un premier indicateur de cette légitimité, selon les observateurs. Affaire à suivre.
Bomo Makeba




