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 L’État découvre un système tentaculaire et passe à l’offensive

Plus de 328 000 enfants supplémentaires déclarés en moins de deux ans, une enveloppe budgétaire passée de 21 à 38 milliards de FCFA et près de 29 300 agents publics soupçonnés d’irrégularités. Les chiffres révélés par le ministère des Finances donnent la mesure d’un scandale qui pourrait déboucher sur l’un des plus vastes assainissements du fichier solde de l’État.

L’alerte est venue des statistiques elles-mêmes. Entre juin 2024 et mars 2026, le nombre d’enfants déclarés par les agents publics au titre des allocations familiales est passé de 594 728 à 923 307, soit une hausse vertigineuse de 328 579 enfants en seulement 21 mois. Une progression de 55 % difficilement explicable par la seule démographie.

Pour le ministère des Finances (Minfi), cette explosion des effectifs déclarés a immédiatement soulevé des soupçons. Derrière cette flambée se cacherait un système de fraude aux allocations familiales qui aurait prospéré pendant plusieurs années au détriment du Trésor public.

Les rouages de la fraude

Les premières investigations font apparaître plusieurs procédés récurrents. Le plus répandu consiste à produire de faux actes de naissance afin de déclarer des enfants inexistants ou ne remplissant pas les conditions d’éligibilité. D’autres agents auraient multiplié les déclarations irrégulières pour augmenter artificiellement leurs droits aux allocations.

Dans certains corps de l’administration, notamment parmi les personnels de défense et de sécurité ainsi que certains retraités, des milliers de déclarations suspectes auraient déjà été identifiées. Les enquêteurs évoquent des actes de naissance falsifiés, des doublons et des déclarations dont l’authenticité reste à établir.

Des milliards en jeu

L’impact financier est considérable. En l’espace de deux ans, le budget consacré aux allocations familiales est passé de 21 milliards à près de 38 milliards de FCFA. Une dérive de 17 milliards de FCFA qui a fini par attirer l’attention des autorités financières.

Plus préoccupant encore, les premières conclusions de l’audit font état de près de 29 300 Agents publics impliqués dans des irrégularités présumées. Si ces chiffres se confirment, il s’agirait d’un réseau de fraude d’une ampleur inédite au sein de la fonction publique camerounaise.

Une enquête méthodique sur 24 mois

Pour faire la lumière sur cette affaire, le gouvernement a lancé l’Opération d’Audit des Allocations Familiales (Aalfa). Pilotée par le ministère des Finances, elle s’étendra sur une période de 24 mois.

La méthodologie retenue repose sur le croisement des données du fichier solde de l’État avec les registres d’état civil et les documents justificatifs produits par les bénéficiaires. Chaque déclaration d’enfant fera l’objet d’une vérification destinée à confirmer l’authenticité des actes de naissance et la réalité des droits ouverts.

L’objectif est double : identifier les bénéficiaires indûment inscrits et mesurer avec précision le préjudice financier subi par l’État.

Tolérance zéro annoncée

Le gouvernement affiche une ligne de fermeté. Les agents reconnus coupables devront rembourser l’intégralité des sommes perçues indûment. Au-delà du recouvrement financier, des sanctions administratives pourraient être prononcées contre les fraudeurs.

Selon la gravité des faits constatés, des poursuites pénales pour faux, usage de faux ou détournement de deniers publics pourraient également être envisagées.

Pour les autorités, cette opération dépasse le simple cadre des allocations familiales. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large d’assainissement du fichier solde et de rationalisation de la dépense publique. Un chantier sensible qui pourrait révéler, dans les mois à venir, l’étendue réelle des failles ayant permis à ce système de prospérer pendant des années.

Arthur Mballa

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