
Dans la salle de conférence du stade omnisports de Yaoundé, à l’occasion des Journées internationales de la jeunesse, les participants mettent sur la table les limites des dispositifs existants, mais surtout des pistes pour renforcer la participation des jeunes à la vie économique et publique.
La jeunesse camerounaise ne veut plus être seulement destinataire des politiques qui lui sont consacrées. Elle veut désormais prendre part à leur conception et à leur mise en œuvre. C’est l’un des principaux enseignements des échanges organisés ce 11 août à Yaoundé, dans le cadre des Journées internationales de la jeunesse.
Au cœur des discussions, la question de l’accès aux opportunités revient avec insistance. Interpellé sur la Carte Jeune biométrique, un représentant du ministère de la Jeunesse reconnaît que son efficacité dépend largement de la densité de son écosystème de partenaires. « La bataille du ministère de la Jeunesse, c’est l’enrichissement de cet écosystème au quotidien », souligne-t-il. Les réductions négociées auprès des pharmacies, agences de transport ou autres opérateurs économiques restent parfois limitées à certaines zones et peuvent disparaître à l’issue des conventions.
La question du numérique s’invite également dans les échanges. Certains jeunes déplorent l’actualisation insuffisante des offres publiées sur les plateformes institutionnelles. Stéphane Medjio, chef de la cellule informatique du ministère de la Jeunesse, précise la répartition des responsabilités : « La communication digitale est gérée par la cellule de communication. Nous, la cellule informatique, nous administrons les plateformes. Le contenu qui se trouve sur les plateformes provient de la cellule de communication. »

Mais les jeunes présents ne s’arrêtent pas au diagnostic. Ils avancent leurs propres solutions. Sur le terrain de la gouvernance, l’un des intervenants appelle à renforcer la représentation de la jeunesse dans les sphères de décision. « Il ne faut plus qu’on parle pour nous, il faut qu’on parle désormais avec nous », lance-t-il. Parmi ses propositions figure l’instauration d’un seuil d’au moins 30 % de jeunes dans les différentes sphères de décision, mais aussi la mise en place de conseils communaux de jeunesse dotés de moyens financiers.
L’emploi constitue l’autre grande préoccupation. Face au chômage et au poids de l’informalité, les propositions portent sur un meilleur accès des PME, startups et organisations de jeunes aux financements. Le développement d’agropoles dédiés à la jeunesse est également avancé, avec des hubs ruraux intégrant stockage, transformation et infrastructures de désenclavement. L’ambition est de permettre aux jeunes de capter davantage de valeur dans les filières agricoles.

La formation n’est pas en reste. L’idée de créer des « campus des métiers d’avenir » vise à rapprocher les compétences acquises des besoins réels du marché. Intelligence artificielle, énergie solaire et nouvelles technologies sont notamment présentées comme des leviers à explorer, y compris dans les zones rurales.
Enfin, l’engagement des jeunes est étendu aux questions environnementales, avec la proposition de brigades communales de jeunes consacrées au climat. Une manière de faire de la jeunesse non plus une simple bénéficiaire des politiques publiques, mais un acteur de leur mise en œuvre.
À travers ces propositions, le message porté lors de cette rencontre est clair : au-delà des programmes qui leur sont destinés, les jeunes veulent désormais être associés aux décisions, aux financements et aux secteurs qui façonnent leur avenir professionnel.
Jean Pierre Bineli




