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CONCOURS D’ENTRÉE À L’Esstic : le Journalisme perd du terrain

Pour la première fois en plus de 50 ans, la filière Journalisme est dépassé par la Communication des Organisations en nombre de candidatures. Un basculement qui interroge les nouvelles aspirations professionnelles.

Le symbole est fort. Depuis plus d’un demi-siècle, le journalisme règne sur les choix des candidats au concours d’entrée de l’École Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (Esstic). Cette année, la tendance s’inverse. Pour la première fois en plus de 50 ans, une autre filière passe devant.

Au lancement des épreuves écrites, ce 1er septembre à Yaoundé, le Directeur de l’école, le Pr François-Marc Modzom, confirme ce changement inédit : « C’est la première fois en plus de 50 ans que le Journalisme est battu en termes de nombre de candidats. Nous avons été nous-mêmes surpris. Je ne peux pas donner une explication », reconnaît-il.

En attendant la publication officielle des statistiques détaillées de cette session, le constat est donc à prendre avec cette précaution : le classement des filières est connu, mais l’ampleur exacte du basculement reste encore à mesurer. Le Directeur situe toutefois le nombre global de candidats autour du millier, tout en appelant à la prudence, notamment en raison de la présence de près d’une centaine de candidats dans les salles de litiges, liée aux changements intervenus dans le système informatique d’enregistrement.

Quand l’emploi pèse sur l’orientation

Derrière cette première historique, une interrogation s’impose : les réalités du marché de l’emploi sont-elles en train de modifier les ambitions des candidats ? Le phénomène ne permet pas, à lui seul, de répondre par l’affirmative. Mais il intervient dans un contexte où l’accès à l’emploi constitue un enjeu majeur pour les jeunes diplômés. Le choix d’une formation ne repose donc plus uniquement sur le prestige d’un métier. Il peut aussi être guidé par la diversité des débouchés envisagés à la sortie.

Le Journalisme conserve son attractivité et son prestige. Mais le secteur présente un marché professionnel particulièrement concurrentiel. L’arrivée régulière de nouveaux diplômés face à des recrutements qui ne suivent pas nécessairement le même rythme peut nourrir une perception de débouchés plus limités. À cela s’ajoutent la précarité de certains emplois et les transformations rapides du métier, avec l’essor du numérique, des réseaux sociaux et de la production de contenus. Cette réalité pourrait contribuer à expliquer pourquoi certains candidats regardent désormais vers d’autres métiers de l’information et de la communication.

Le communicant, un profil plus transversal ?

Communication institutionnelle, Communication des organisations, Publicité, Edition, Information Documentaire : ces filières semblent progressivement sortir de l’ombre du journalisme. Leur intérêt réside notamment dans la diversité des environnements professionnels auxquels elles peuvent être associées : entreprises, banques, administrations, Ong, agences, projets ou encore institutions internationales.

Le Pr Francois Marc Modzom relève lui-même cette évolution des aspirations. « Aujourd’hui, les candidats aspirent à autre chose. Ils veulent travailler à la Fifa et faire autre chose que du Journalisme. Ils veulent travailler à l’Onu et faire autre chose que le Journalisme. Ils veulent travailler dans les banques et autres. » Une phrase qui résume une mutation possible : les candidats ne choisiraient plus seulement le métier qu’ils aiment, mais aussi l’écosystème professionnel dans lequel ils pensent pouvoir évoluer.

Le Directeur de l’Esstic observe d’ailleurs que les nouveaux métiers de la communication ont encore du mal à s’imposer pleinement dans les représentations, mais il se montre optimiste : « La Communication institutionnelle, la Communication des organisations, la Publicité, l’Edition, qui tardent à décoller, mais ça décollera. »

Le prestige ne suffit plus

Le changement de hiérarchie entre les filières pose ainsi une question plus large à l’enseignement professionnel : comment adapter les formations aux mutations du marché du travail ? L’Esstic semble déjà envisager une réponse. Face aux écarts d’attractivité entre les filières, sa direction réfléchit à la possibilité de proposer à certains candidats non admis dans les formations les plus sollicitées une réorientation vers la Publicité ou l’Edition : « Mais il faudra que les candidats aient marqué leur choix. On ne leur impose pas », précise François-Marc Modzom. Cette précision est importante. L’objectif n’est pas de détourner les candidats de leur vocation, mais de leur ouvrir d’autres perspectives professionnelles.

Pour le Journalisme, le signal est néanmoins inédit. Après plus de 50 ans de domination dans les candidatures, la filière vient de perdre sa première place. Il faudra attendre les statistiques officielles pour savoir dans quelles proportions. Mais une chose est déjà certaine : à l’Esstic, le métier qui faisait traditionnellement rêver le plus grand nombre n’est plus seul au sommet. Et derrière cette évolution se profile peut-être une génération qui, davantage qu’hier, mesure ses rêves professionnels à l’aune des réalités de l’emploi.

Jean Pierre Bineli

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