
Pour Hélène Balepa, la meilleure réponse au travail des enfants reste leur maintien à l’école.
« Il faut laisser les enfants aller à l’école. » Le message d’Hélène Balepa est sans ambiguïté. À l’issue de la session 2026 du Comité national de lutte contre le travail des enfants, l’experte a réaffirmé la nécessité de placer l’éducation au centre des stratégies de protection de l’enfance. Consultante en charge de l’évaluation du cadre législatif de lutte contre le travail des enfants et membre du comité national, elle rappelle que l’objectif poursuivi est clair : « éliminer les pires formes de travail des enfants ». Une ambition qui s’inscrit dans les engagements pris par le Cameroun à travers les conventions internationales relatives à la protection des mineurs. Une confusion demeure pourtant autour de la notion même de travail des enfants. « On n’interdit pas le travail », explique-t-elle. La Convention n°138 de l’Organisation internationale du Travail prévoit en effet la possibilité pour des mineurs d’exercer certaines activités, à condition qu’elles soient strictement encadrées. Les horaires, les temps de repos, les congés ainsi que la nature des tâches effectuées doivent respecter des règles précises. Lorsque les travaux confiés dépassent les capacités de l’enfant ou compromettent son développement, l’inspection du travail a l’obligation d’intervenir. En cas de récidive, les autorités compétentes peuvent être saisies afin que les mesures appropriées soient prises. La lutte engagée repose également sur un suivi permanent. « C’est un travail de longue haleine », observe Hélène Balepa. Les membres du comité se réunissent régulièrement pour examiner les résultats obtenus sur le terrain, analyser les difficultés rencontrées et proposer les ajustements nécessaires. Plusieurs administrations participent à cet exercice, notamment celles en charge de l’éducation, de la formation professionnelle, des affaires sociales et de la promotion de la femme et de la famille. Des enquêtes, des études et différents programmes sont ainsi mis à contribution pour mesurer les progrès accomplis. Parmi eux figurent le Plan d’action national d’élimination du travail des enfants et le système de surveillance du travail des enfants, conçus pour améliorer la prévention et le suivi du phénomène.
Le message adressé aux familles demeure toutefois au cœur de son intervention. La pauvreté, souvent invoquée pour justifier le recours au travail des enfants, ne saurait constituer une fatalité. À ses yeux, les conséquences du travail précoce pèsent lourdement sur l’avenir des jeunes concernés. « Ces enfants qui commencent à travailler à cet âge seront des adultes dépendants », prévient-elle. Dans un environnement où les compétences et les qualifications sont devenues essentielles, priver un enfant d’éducation revient à limiter ses perspectives d’insertion professionnelle et de contribution au développement du pays.
C’est pourquoi elle invite les parents à privilégier l’école plutôt que les revenus immédiats que peut procurer une activité exercée trop tôt. Pour Hélène Balepa, l’éducation reste le meilleur investissement pour préparer les enfants aux exigences du monde moderne tout en les protégeant contre les formes abusives de travail. Son plaidoyer est celui d’une enfance préservée, où l’apprentissage et la formation priment sur les contraintes économiques du moment. Une conviction résumée en quelques mots : laisser aux enfants le temps d’apprendre avant celui de travailler.
Jean Pierre Bineli




