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Droit, histoire, philosophie, lettres, sociologie, anthropologie… ces filières ont-elles encore un avenir professionnel au Cameroun ?

Toujours prisées par les étudiants, certaines formations universitaires peinent pourtant à convaincre sur le marché de l’emploi. Une réalité qui relance le débat sur leur avenir professionnel au Cameroun.

« De manière générale, ces filières font malheureusement partie de celles qui alimentent fortement le taux de chômage des jeunes au Cameroun, faute de débouchés directs. » C’est l’analyse froide et franche de M. Nkengue Lionel, enseignant doctorant à l’université de Yaoundé I.

Au Cameroun, le passage du diplôme à l’emploi reste un parcours difficile pour de nombreux jeunes diplômés. Au centre des interrogations : certaines formations universitaires dont les débouchés professionnels apparaissent moins évidents face aux réalités économiques. La tendance est visible dans les effectifs de l’enseignement supérieur. D’après la Synthèse des chiffres et indicateurs clés de l’éducation et de la formation au Cameroun 2021-2022, les filières autres que les STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) concentrent 55,8 % des étudiants, contre 44,2 % pour les filières STEM.

Mais derrière ces chiffres, toutes les disciplines ne connaissent pas le même destin. Le français, explique M. Nkengue Lionel, conserve des perspectives grâce notamment à l’enseignement, aux sciences de l’éducation, mais aussi aux métiers de la communication, de la rédaction ou de la traduction.

La philosophie, elle, reste davantage associée à l’enseignement. « À moins d’évoluer en freelance comme écrivain ou rédacteur pour des entreprises de presse », elle offre peu de débouchés directs, estime l’enseignant doctorant.

La psychologie présente davantage de possibilités, notamment dans l’accompagnement clinique ou les ressources humaines. Mais son intégration reste limitée dans une société où le recours aux spécialistes de la santé mentale demeure encore peu ancré.

L’anthropologie, quant à elle, peine à trouver une place dans l’environnement professionnel national. « Elle n’a aujourd’hui qu’un impact local très limité sur le quotidien des Camerounais », relève M. Nkengue Lionel, évoquant une orientation fréquente des diplômés vers les opportunités internationales.

Pour Loïc Ngono, enseignant dans les groupes de préparation et d’orientation universitaire, le problème se situe aussi dans l’orientation des jeunes. « Les sciences sociales, au Cameroun, sont des sciences qui ne sont pas appliquées dans le quotidien », affirme-t-il.

Une situation qui pose, à ses yeux, la question de la transformation des savoirs universitaires en compétences professionnelles. « Est-ce qu’avec l’anthropologie, avec la philosophie ou avec la psychologie, un citoyen camerounais pourrait s’insérer seul ou à l’aide de l’État dans un monde professionnel ? Ce sont des cas très rares », analyse-t-il.

Face à ce constat, l’enseignant-orienteur plaide pour une orientation davantage tournée vers les métiers techniques et appliqués. « Il faut se tourner vers des métiers beaucoup plus techniques, des métiers qui peuvent produire quelque chose de concret », cite-t-il, évoquant notamment l’informatique, les BTP, la mécanique, les archives ou encore la communication.

Pour autant, le débat ne doit pas conduire à remettre en cause l’utilité de ces formations. Leur défi est désormais de trouver davantage de passerelles avec le monde professionnel afin que les compétences acquises puissent mieux répondre aux besoins de la société.

Jean Pierre BINELI

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