CAMEROON BUSINESS FORUM : après les promesses, le patronat exige des résultats

Face aux difficultés du climat des affaires, le patronat réclame des réformes concrètes et des résultats.

Après six années d’interruption, le Cameroon Business Forum reprend ses travaux les 22 et 23 octobre 2026 à Douala. Cette 12e session remet sur la table les difficultés des entreprises camerounaises : infrastructures dégradées, énergie coûteuse, pression fiscale, accès au financement et créances impayées. Face à ces contraintes, le président du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), Célestin Tawamba, exige des actes. Le Premier Ministre, Joseph Dion Ngute, promet un suivi rigoureux des recommandations.
Le patronat dénonce un environnement contraignant
Routes dégradées, coût de l’énergie, pression fiscale, difficultés de financement et retards de paiement de l’État : le réquisitoire de Célestin Tawamba porte sur les obstacles qui pèsent sur l’activité des entreprises. « Nous avons le sentiment que le pays est à l’arrêt », déclare le président du Gecam. Sur l’état des infrastructures routières, il résume : « Une route dégradée est un impôt. »
Les retards de paiement des fournisseurs de l’État et le remboursement tardif des crédits de taxe sur la valeur ajoutée (Tva) fragilisent la trésorerie des entreprises. Ces contraintes limitent leur capacité d’investissement et réduisent leurs marges de manœuvre face à la concurrence, notamment sur le marché continental ouvert par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).
Pour le patronat, le problème ne réside plus seulement dans l’identification des difficultés, mais dans l’exécution des engagements. « Le problème n’est ni le séminaire, ni le diagnostic, le problème, c’est l’exécution », martèle Célestin Tawamba. Le Gecam réclame notamment un calendrier d’apurement des arriérés de l’État, le remboursement des crédits de Tva dans les délais légaux et une progression des dépenses d’investissement dans le budget 2027.
Dion Ngute promet une matrice de suivi
Face à ces préoccupations, le Premier Ministre reconnaît les difficultés soulevées par les opérateurs économiques. « Le secteur privé a très bien fait de souligner les problèmes : les problèmes infrastructurels, les problèmes fiscaux et autres. » Il affirme que le gouvernement a présenté les actions engagées pour y répondre, notamment dans les secteurs de l’énergie et des routes.
Sur l’électricité, Joseph Dion Ngute évoque les barrages construits, tout en reconnaissant les difficultés liées au transport de l’énergie. « Il y a certes le problème de transport de cette énergie, mais nous nous attelons à le résoudre. » Concernant les routes, il admet que certaines infrastructures ont vieilli et nécessitent une rénovation. « Nous sommes en train de nous préparer à restaurer ces routes qui ont vieilli et qui ne peuvent plus porter des charges conséquentes. »
L’engagement central du Chef du gouvernement porte toutefois sur l’application des résolutions. « Je m’engage en tant que Premier ministre, Chef du gouvernement, à m’assurer que toutes les recommandations qui ont été acceptées mutuellement par les participants soient mises en œuvre. » Il annonce l’élaboration d’« une matrice opérationnelle réaliste pour le suivi des recommandations ». Cet outil doit permettre de préciser les responsabilités et d’assurer le suivi des engagements retenus.
Quatre priorités pour améliorer le climat des affaires
Les travaux mettent en avant plusieurs axes d’action : simplifier les procédures administratives, accélérer les projets d’infrastructures énergétiques et routières, faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises (Pme) au financement et renforcer la compétitivité des entreprises camerounaises. La matrice annoncée doit préciser les structures responsables, les délais d’exécution et les indicateurs de suivi, afin de mesurer les avancées.
Le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze, apporte pour sa part des éclairages sur le financement de l’entrepreneuriat. Lors des échanges consacrés aux jeunes et aux femmes entrepreneurs, il évoque une ligne de crédit de 200 milliards de Fcfa mise en place environ trois ans auparavant, ainsi que les mécanismes de garantie publique susceptibles de faciliter l’accès au crédit. Il souligne également la nécessité de présenter des projets bancables.
Le défi de la mise en œuvre
Pour Joseph Dion Ngute, « la véritable réussite de ce forum ne se mesurera ni au nombre de recommandations adoptées, ni à la seule qualité des échanges ». Elle dépendra de la capacité des acteurs à traduire les orientations retenues en actions concrètes et en améliorations perceptibles pour les entreprises.
Le Premier Ministre appelle les administrations, les organisations patronales et consulaires à accorder une attention soutenue aux conclusions des travaux. Cette exigence rejoint celle du Gecam, qui veut faire du Cameroon Business Forum un cadre de dialogue où les engagements sont suivis et évalués.
Reste à vérifier si les réponses annoncées sur les infrastructures, la fiscalité, les créances publiques et le financement produiront les changements attendus. Après six années sans session, la crédibilité du dialogue public-privé dépendra moins des déclarations que de l’application effective des résolutions.
Jean Pierre Bineli




