ÉCOLE MATERNELLE ET PRIMAIRE : Le Minedub ferme la porte à l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle n’a plus droit de cité dans les salles de classe de la maternelle et du primaire, selon une récente circulaire du ministère de l’Éducation de base (Minedub). Les responsables d’établissements disposent d’un délai de quinze jours pour appliquer cette directive.

Génération de textes, fabrication d’illustrations, préparation de fiches pédagogiques, conception d’exercices et de supports de communication : l’intelligence artificielle générative s’invite progressivement dans les établissements scolaires. Certains Enseignants s’en servent pour préparer leurs leçons ou produire des évaluations. D’autres recourent à ces outils pour concevoir des affiches, des chansons et des activités destinées aux plus jeunes. Mais derrière ces usages se posent des questions de fond : qui contrôle les contenus produits ? Sont-ils adaptés à l’âge des enfants ? Les Enseignants vérifient-ils systématiquement les informations générées ?
Le recours à l’IA peut également favoriser la production de devoirs ou de réponses toutes faites, au détriment de l’effort personnel. À un âge où l’enfant apprend à lire, écrire, compter, observer et raisonner, le risque est de substituer le résultat immédiat au processus d’apprentissage. S’y ajoutent les incertitudes liées à la collecte des données personnelles des mineurs, aux erreurs des algorithmes et à l’exposition à des contenus inappropriés.
Quinze jours pour changer les pratiques
En sommant les responsables d’établissements de mettre ses directives datant du 14 octobre 2026 en application sous quinzaine, Laurent Serge Etoundi Ngoa, le Minedub place les Chefs d’établissement devant une obligation de vigilance. Il leur revient de faire respecter la consigne, d’informer les équipes pédagogiques et de prévenir les usages interdits. Le défi sera toutefois de traduire cette instruction en pratiques concrètes, dans un environnement où les outils numériques se diffusent rapidement et parfois sans encadrement institutionnel suffisant.
L’Unesco appelle à protéger l’enfant sans ignorer la technologie
Dans ses orientations publiées en 2023, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) recommande une approche centrée sur l’humain, la protection des données personnelles, la formation des Enseignants et un usage adapté à l’âge des apprenants. Elle propose notamment un âge minimal de 13 ans pour l’utilisation des outils d’IA en classe. Elle insiste également sur la nécessité de préserver l’autonomie intellectuelle, les interactions humaines et les capacités de raisonnement des enfants.
La position camerounaise s’inscrit ainsi dans un débat international sur les limites à fixer à l’IA dans l’éducation. Toutefois, les recommandations de l’Unesco ne constituent pas une interdiction universelle de tous les usages de l’intelligence artificielle à l’école : elles privilégient un encadrement rigoureux et adapté aux publics concernés.
Interdire ne suffit pas
Pour que la directive produise les effets attendus, les pouvoirs publics devront préciser son champ d’application, accompagner les Enseignants et sensibiliser les parents. La formation pédagogique, la disponibilité de ressources éducatives fiables et le contrôle effectif des pratiques seront déterminants.
Le véritable enjeu n’est pas seulement d’éloigner l’IA des petites classes, mais de garantir aux enfants les fondations intellectuelles indispensables à leur autonomie. À la maternelle et au primaire, la technologie ne saurait apprendre à la place de l’enfant. Elle ne doit pas davantage dispenser l’adulte de sa responsabilité éducative.
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