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De l’université à l’emploi : comment transformer les filières en manque de débouchés ?

Face aux difficultés d’insertion des diplômés, experts, enseignants et anciens étudiants appellent à revoir l’orientation, professionnaliser les parcours et rapprocher l’université du monde professionnel.

Après le constat des difficultés d’insertion et les témoignages de diplômés confrontés aux limites de certaines formations, une question demeure : faut-il abandonner ces filières ou plutôt repenser leur fonctionnement ?

Pour les acteurs interrogés, la réponse passe moins par la suppression que par une transformation profonde des parcours universitaires. L’objectif : permettre aux diplômés de mieux valoriser leurs compétences sur le marché de l’emploi.

« De manière générale, ces filières font malheureusement partie de celles qui alimentent fortement le taux de chômage des jeunes au Cameroun, faute de débouchés directs », relevait M. Nkengue Lionel, enseignant doctorant à l’université de Yaoundé I. Mais derrière ce constat, l’enjeu reste de trouver de nouvelles voies de valorisation pour ces formations.

Car une formation en lettres, histoire, philosophie ou sciences sociales ne conduit pas uniquement à l’enseignement. Les compétences développées dans ces parcours — analyse, rédaction, recherche, compréhension des sociétés — peuvent être exploitées dans plusieurs secteurs, à condition d’être accompagnées par des formations complémentaires.

Pour Loïc Ngono, enseignant dans les groupes de préparation et d’orientation universitaire, la priorité est de rapprocher davantage les formations des réalités économiques. « Il faut se tourner vers des métiers beaucoup plus techniques, des métiers qui peuvent produire quelque chose de concret », estime-t-il, citant notamment l’informatique, les BTP, les archives ou encore la communication.

Mais la solution commence bien avant l’université. M. Essama, conseiller d’orientation et écrivain, insiste sur la nécessité d’une orientation plus stratégique dès le secondaire. « Chaque enfant qui vient d’une famille modeste doit avoir un parcours mixte », explique-t-il, plaidant pour une meilleure articulation entre enseignement général, technique et scientifique.

Pour lui, le choix d’une filière doit désormais intégrer les réalités économiques des familles et les possibilités d’insertion professionnelle.

De son côté, Eyebe Lionel, diplômé en histoire économique et sociale, pose la question de la finalité même des formations. « Qu’est-ce que tu sais faire au quotidien ? », interroge-t-il, appelant à dépasser la seule logique d’obtention du diplôme.

La transformation passe donc par plusieurs leviers : renforcer les stages, développer les compétences pratiques, multiplier les passerelles avec les entreprises et mieux informer les étudiants sur les métiers accessibles.

Au-delà du débat sur les filières dites « sans débouchés », l’enjeu est désormais de construire une université capable de former des diplômés non seulement savants, mais aussi préparés à répondre aux besoins de la société.

Jean Pierre Bineli

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