
La plainte de l’Ordre des médecins contre une influenceuse relance le débat sur les risques de la médecine clandestine.
Une injection présentée comme anodine, une transformation physique promise en quelques minutes, un résultat spectaculaire affiché sur les réseaux sociaux. Derrière ces offres qui séduisent de nombreuses personnes se cache pourtant une réalité préoccupante : celle des pratiques médicales réalisées en dehors de tout cadre légal et sécurisé.
L’affaire impliquant une influenceuse camerounaise, contre laquelle l’Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC) a déposé une plainte pour exercice illégal de la médecine, remet au premier plan un phénomène qui inquiète les professionnels de santé. Au-delà du cas particulier, c’est la multiplication des actes médico-esthétiques clandestins qui pose question.
Dans son communiqué, l’Ordre national des médecins évoque des « signalements portant sur des pratiques susceptibles de relever de l’exercice illégal de la médecine ». L’institution rappelle que certains actes, notamment les interventions invasives, ne peuvent être réalisés que par des professionnels disposant des qualifications et des autorisations requises.
Des actes qui ne sont pas sans danger
Contrairement aux apparences, une injection ou une intervention visant à modifier l’aspect physique n’est pas un simple geste esthétique. Elle nécessite une maîtrise de l’anatomie, des produits utilisés et des protocoles d’urgence en cas de complication.
Lorsqu’elles sont réalisées par des personnes non formées, ces pratiques peuvent entraîner de graves conséquences : infections, réactions allergiques, hémorragies, lésions nerveuses ou nécroses des tissus. Dans certains cas, les patients doivent subir de lourdes interventions médicales pour tenter de réparer les dommages causés.
Le risque est encore plus élevé lorsque les substances injectées sont d’origine inconnue ou utilisées dans de mauvaises conditions. Un produit non adapté ou une mauvaise technique d’injection peut provoquer une embolie, c’est-à-dire l’obstruction d’un vaisseau sanguin, avec des conséquences pouvant aller jusqu’à la perte de la vue, la paralysie ou le décès.
Le piège des réseaux sociaux
Le développement de ces pratiques est largement favorisé par les plateformes numériques. Photos avant-après, témoignages de clientes satisfaites et vidéos de démonstration contribuent à donner une image rassurante de ces interventions.
Pourtant, la popularité en ligne ne garantit aucune compétence médicale. Le nombre d’abonnés ou la visibilité sur les réseaux sociaux ne remplacent ni une formation spécialisée ni une autorisation d’exercer.
Au-delà des risques physiques, la médecine clandestine pose également un problème de suivi. En cas de complication, les victimes disposent rarement d’un dossier médical ou d’informations précises sur les produits utilisés, ce qui complique leur prise en charge.
À travers cette procédure, l’Ordre national des médecins entend rappeler un principe essentiel : la médecine ne s’improvise pas. Derrière les promesses de beauté rapide et de transformation corporelle se cachent parfois des dangers irréversibles. En matière de santé, le choix d’un praticien qualifié demeure la première protection contre les conséquences d’une intervention mal maîtrisée.
JP. Bineli




