LES DOUCEURS DE LILOU : Quand Lucie Avo’o transforme sa curiosité en entreprise

Partie de 50 000 Fcfa, cette artisane de Yaoundé développe les Douceurs de Lilou, une marque de vins de fruits, de liqueurs, de jus naturels et de cosmétiques, malgré les contraintes de normalisation.

En décembre 2020, Lucie Avo’o engage ses dernières économies dans une exposition au Centre international de l’artisanat. Avec seulement 50 000 Fcfa sur son compte, elle mise sur ses vins et ses liqueurs pour tester leur potentiel commercial. « Je suis allée vider le compte pour produire. Quand je suis allée exposer, ce sont les vins et les liqueurs qui passaient le plus », raconte-t-elle.
Cette première expérience confirme son intuition. Le limoncello séduit particulièrement les visiteurs européens, tandis que les Camerounais préfèrent davantage la liqueur à la cannelle. L’entrepreneure comprend alors qu’une expérimentation menée à domicile peut devenir une activité commerciale.
Une bouteille comme déclic
Tout commence avec une bouteille de limoncello rapportée d’Italie par sa fille, installée en Europe. Curieuse, Lucie tente de reproduire cette liqueur de citron. Lors d’une dégustation, ses proches ne parviennent pas à distinguer sa préparation du produit importé. « C’est comme ça qu’on m’a encouragée à vendre », explique-t-elle.
Sans formation initiale en œnologie, elle apprend grâce aux vidéos sur YouTube, puis effectue des recyclages au Centre Pasteur en microbiologie afin de mieux maîtriser les aspects sanitaires de sa production.
Depuis, sa gamme s’est élargie aux vins d’ananas et de bissap, aux whiskys infusés, aux jus naturels sans conservateurs, ainsi qu’aux parfums d’ambiance et aux savons artisanaux à base d’huiles naturelles. Fabrication, embouteillage et étiquetage restent réalisés manuellement.
La normalisation, un obstacle
Derrière cette diversification, les exigences réglementaires constituent une difficulté majeure. « La bête noire, c’est la norme. En 2023, j’ai fait la certification. […] On m’a dit qu’il faut encore payer 80 000 Fcfa. Pour avoir la norme pour la première fois, c’est difficile et exorbitant », déplore-t-elle. Ces dépenses s’ajoutent aux démarches administratives et aux besoins de financement d’une activité lancée avec des moyens limités.
Lucie poursuit néanmoins ses efforts de commercialisation. Inscrite auprès du ministère du Commerce et du Minpmeesa, elle a intégré la Vitrine du Made in Cameroon, qui contribue à la visibilité des produits locaux. « Le ministère du Commerce nous a ouvert une boutique. On dépose nos produits, ils retiennent 20 % pour l’entretien », précise-t-elle.
Aux aspirants entrepreneurs, elle recommande de rejoindre des associations professionnelles pour multiplier les contacts et saisir des opportunités. « C’est à partir de là qu’on a des connexions », conseille-t-elle.
De la bouteille italienne à une gamme artisanale fabriquée à Yaoundé, Avo’o Lucie construit Douceurs de Lilou à force d’expérimentation et de persévérance. Son parcours illustre aussi les défis de structuration auxquels se heurtent les petites entreprises locales.
Pauline Ada Olinga




